Dialogue

On peut s’étonner de cette situation pour le moins paradoxale qui semble être la marque de fabrique du pays. Les protestations, les revendications sociales, les grèves se multiplient, s’accélèrent et se durcissent, au grand dam de l’économie, avec ou sans l’aval de la centrale ouvrière, l’UGTT, qui ne peut, de toute manière, s’y opposer au risque de se discréditer elle-même. Au même moment, l’organisation syndicale reprend la main et s’installe au centre de l’échiquier politique national, en annonçant l’organisation imminente d’un congrès de dialogue national. L’initiative de l’UGTT, qui fait suite à celle engagée le 16 octobre 2012, ne fait pas mystère des intentions et des objectifs de la centrale ouvrière : sortir le pays d’une impasse politique chargée de tous les périls, qui obscurcit l’horizon, plombe l’économie et exacerbe le marasme social.

De vraies questions, d’une réelle gravité, domineront le débat de ces états généraux qui regrouperont, par les soins de l’UGTT, un très large éventail de formations politiques, d’organisations professionnelles, de représentants de la société civile voire des personnalités indépendantes à la notoriété consacrée.

A l’ordre du jour, les sujets qui fâchent, qui divisent les partis politiques et ajoutent à l’impatience et aux frustrations de l’opinion  publique, qui grippent les travaux de l’ANC et entravent le processus de transition démocratique. Il faut, à tout prix, sortir d’une démarche conflictuelle parce que partisane et étriquée et construire de nouveaux espaces de convergence politique, compatibles avec l’esprit et les promesses du Printemps tunisien.

Nous sommes aujourd’hui à un moment crucial, celui où il faut impérativement s’accorder sur les vrais piliers de notre projet démocratique et aborder sans détour les questions quant à la nature du régime politique, du code électoral, des instances constitutionnelles, de la date des élections et de la nécessité de combattre toute forme de violence en se donnant les moyens et les mécanismes pour préserver la stabilité et la sécurité.

L’UGTT, libérée de toute considération partisane, s’était-elle sentie dans l’obligation d’user de sa neutralité pour faire tomber les murs et permettre aux différents protagonistes politiques de trouver de nouveaux terrains d’entente sur lesquels on pourra bâtir un projet démocratique ? Ce faisant, elle se positionne comme un acteur majeur dans le processus de transformation économique, sociale et politique. Elle fait la démonstration de sa force de persuasion et de sa capacité de mobiliser, au-delà de ses propres adhérents. Elle envoie, en tout cas, à la veille du 1er mai, un message, on ne peut plus clair, à l’adresse de ses détracteurs dans le gouvernement ou ailleurs qui s’irritent, critiquent sans ménagement, au mieux sa passivité et au pire son influence dans le mouvement de la contestation sociale.

Quoi qu’il en soit, l’UGTT est dans son rôle, fût-ce à chacune de ses incursions dans le champ politique. Elle en porte l’ADN, car elle a été formatée historiquement ainsi. Elle a été le réceptacle de tous les combats politiques pour les libertés et l’émancipation nationale, même si cela ne l’exonère pas de certains excès et dérives de mauvais effet sur la compétitivité des entreprises. Elle aura été, à chaque étape critique de l’histoire récente du pays, le dernier rempart contre lequel se sont brisées les dérives autoritaires.

Pas étonnant qu’elle revendique aujourd’hui un rôle déterminant dans le processus de construction de l’édifice démocratique assombri, il faut bien le reconnaître, par de gros nuages.

Toutes les initiatives de cette nature sont les bienvenues, elles portent en elles des signes d’espoir. Il importe, dans ces moments de doute, d’incertitudes et d’interrogations, de maintenir ininterrompus les fils du dialogue entre les diverses formations politiques, divisées par la tentation,  l’enjeu et l’exercice du pouvoir. Il n’y a pas d’autre voie que celle du dialogue libre, sans exclusive et sans exclusion, pour bâtir un  projet démocratique.

C’est ce dont a besoin le pays aujourd’hui pour dissiper les nuages qui menacent la transition démocratique, rétablir la confiance, donner du sens au goût d’entreprendre, réhabiliter la valeur travail et baliser les chemins d’une vraie reprise de l’économie, en panne de carburant et de visibilité.

De ce dialogue national, comme de bien d’autres, on attend et on espère un signe de détente, la démonstration d’un accord politique qui nous délivre de nos angoisses et libère les ressorts de la croissance.

A défaut de résoudre au plus vite cette épineuse équation politique, l’économie pourrait s’enfoncer dans la récession et le déclin. Sans perspective ni espoir de relance de l’investissement, de la production, des exportations et de l’emploi et moins encore sans pouvoir freiner l’inflation. Il serait illusoire d’imaginer l’éradiquer en annonçant la réduction des prix de neuf produits de consommation courante. Si cela pouvait se faire, on l’aurait déjà su. Ce ne sont là, à vrai dire, que des effets d’affichage, des mises en scène et des solutions en trompe -l’œil, sans lendemain. On ne peut terrasser l’hydre de l’inflation qu’au moyen d’une véritable politique d’offre, dans un climat d’affaires apaisé.

Mais comment concevoir une politique d’offre pour réguler le marché sans une véritable offre politique qui réponde aux attentes des Tunisiens, toutes générations confondues ? C’est tout l’intérêt de cette conférence de dialogue national. Que l’UGTT relance son initiative la veille du 1er mai donne la mesure du poids de l’interaction de la politique et de notre désir de création d’emplois.

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