Le gouvernement choisit la rigueur face à « ceux qui perturbent la production »

Le secteur des phosphates, n’en peut plus ! C’est le cri de détresse lancé ce matin par Romdhan Souid, directeur général des mines au ministère de l’Industrie. Pour ce responsable gouvernemental, comme pour la majorité des experts, l’activité de l’extraction et de la production des phosphates est la plus sinistrée depuis la révolution.

Les chiffres en berne appuie bien ce constat : durant les deux dernières années, l’extraction a régressé de 56%, chutant de 13,2 millions de tonnes en 2010 à 5,8 millions de tonnes en 2012. La production a par conséquent diminué de 66%, entraînant des pertes de 34% du volume des ventes.

 CPG-GCT, une hémorragie…

Exposés dans le détail par Romdhan Souid, les indicateurs d’activités des deux  compagnies phosphatières du pays font froid au dos : depuis 2010, la CPG a accusé une baisse de 45 % de sa réserve commerciale à cause d’arrêts d’activité variant entre 34 et 296 jours dans les différents sites d’extraction. Le GCT, le groupe chargé de transformer la matière extraite, a, lui, vu baisser sa production de 48%, et sa vente a décru de 36%.

« Cette baisse de la production nous fait perdre nos clients, nous avons perdu 50% du marché indien et 50% du marché brésilien », a regretté le responsable du ministère de l’Industrie. Pour lui, le déclin de l’industrie des phosphates fait perdre à la Tunisie sa position sur le marché international, au profit d’autres nouveaux producteurs comme l’Arabie Saoudite.  Mais en régressant, le secteur  des phosphates tire vers le bas toute l’économie.  En 2010, les phosphates ont en effet assuré 3% du PIB, et contribué à hauteur de 10% aux exportations nationales..

Pour parvenir à ce but, le ministère de l’Industrie a dressé un « plan opérationnel », décliné en trois volets, tous sécuritaires : « sécuriser les sites d’extraction », « sécuriser le transport des phosphates » et « appliquer strictement la  loi à l’encontre de ceux qui empêchent les ouvriers de travailler ». Ceux-ci, tiendraient selon les responsables du gouvernement des revendications injustifiables. Au cours des deux dernières années, les recrutements du Groupe CPG-CGT ont en effet augmenté de 9333 employés à 15666 employés. « Nous ne pouvons pas recruter tout le monde », a lancé  Romdhan Souid, pour qui, en plus de leur fonction sociale, les deux compagnies assurent leurs devoirs environnementaux.

 Le bassin minier ou la grogne

Ce plan opérationnel sécuritaire,  établi en synergie avec les forces de l’ordre et l’Armée, permettra-t-il vraiment le retour à la  normale  et d’apaiser ainsi la grogne sociale au bassin minier ? Cette région est en effet parmi les zones les plus polluées du pays. A Mdhilla, pour ne citer qu’une ville, la population souffre de pathologies graves causées par les toxines rejetées par les installations industrielles. La leucémie, la brucellose ou encore l’hépatite A sont largement répandues, notamment parmi les enfants. L’ostéoporose, qui est une déminéralisation des os, toucherait 68% de la population.

Outre cette situation sanitaire périlleuse, les habitants de la région souffrent d’une précarité socioéconomique accrue. Les jeunes de Gafsa sont les plus nombreux, sur le plan national, à souffrir du chômage ; à peu près 40% statue l’INS, soit le double du taux de chômage national. Les revendications des Tunisiens du bassin minier vont au -delà de l’emploi, pour demander le « vrai développement et leur part légitime des richesses de la région».

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