La réforme du secteur bancaire, un chantier prioritaire

Emietté, lacunaire, concentré et lent… ce sont, entre autres, les qualificatifs pouvant décrire l’état actuel du système bancaire national. Ces adjectifs sont revenus plus d’une fois dans les discours et discussions des banquiers, économistes et d’éminents experts ayant rehaussé de leur présence, aujourd’hui, la 15e édition du Forum de l’Economiste Maghrébin. Concordant sur le diagnostic, les participants ont présenté cependant des recettes diverses quant aux solutions et améliorations futures.

Pour Moez Joudi, la clé de voûte du système bancaire n’est autre que la bonne gouvernance. Selon cet expert, consultant en gouvernance et stratégies, les 21 banques du pays devraient adopter les pratiques de la transparence, en tant que mentalité et charte de travail, et non point comme étant un ensemble de mesures restrictives et disciplinaires. La circulaire du Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie n° 2011-06, en date du 20 mai 2011, identifie déjà les règles de bonne gouvernance dans les établissements de crédits, mais ces règles sont encore loin d’être suffisamment appliquées.

En vertu de cette circulaire, le conseil d’administration de chaque banque doit « fixer les principes et les règles de bonne conduite professionnelle consignés dans un code déontologique et s’engager à en assurer le respect à tous les niveaux hiérarchiques au sein de l’établissement. »

Pour assurer cette mission, le conseil d’administration doit se structurer en comités : le comité exécutif du crédit chargé notamment d’examiner l’activité de financement de l’établissement, le comité permanent d’audit interne et le comité des risques.

Et c’est bien sur ce dernier comité que les experts comptent beaucoup pour voir émerger une nouvelle culture chez les banquiers.  » Il faut entrer dans le métier du risque« , a estimé Fadhel Abdelkéfi. Pour le président du comité de direction de la Bourse de Tunis, il est temps que les banques s’impliquent, au- delà des activités classiques de crédits, dans des actions d’investissement et de création de richesses. Le recours au marché financier permettrait de catalyser cette mutation. La Bourse offre en effet aux banques des solutions pour améliorer leurs fonds propres et leur liquidité. Réciproquement, une meilleure implication des établissements de crédits dans la Bourse permettrait de dynamiser le marché financier, car  des entreprises habituellement sous-représentées (mines, énergies, télécommunications) en Bourse finiraient par emboîter le pas aux établissements de crédit présents sur la place de Tunis.

Au final, la mise à niveau du secteur bancaire dépend en grande partie de la volonté de la profession de s’améliorer, mais tout effort serait vain sans un appui solide de la part de l’Etat. D’où l’importance d’un partenariat public-privé, dans lequel toutes les parties prenantes repenseraient en profondeur « l’identité des banques». Expliquant ce cadre de coopération, l’économiste et universitaire Dhafer Saidane a proposé que l’audit en cours des trois banques publiques, à savoir la STB, la BH et la BNA, aille au-delà des simples contrôle, vérification, inspection de surveillance des comptes, pour repenser la mission de ces trois institutions qui représentent à elles seules plus de 47% du marché en termes de crédits. « La BNA pourrait, de ce fait, se recentrer sur le Crédit agricole, a déclaré Dhafer Saidane. Quant à la STB et la BH, elles pourraient s’allier pour devenir un moteur de développement dans les régions ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here