« Manmoutech » : un appel à la vie

Manmoutech est un film crucial dans l’histoire du cinéma tunisien  à plus d’un titre. D’abord, Nouri Bouzid, âgé de 68 ans, est au sommet de son art. Bien évidemment en cette étape de son parcours, les attentes du spectateur sont grandes. Ensuite, le film actualise le sujet du port du voile, en le plaçant dans le contexte postrévolutionnaire, après avoir été banni sous la dictature de Ben Ali.

Manmoutech, dernier opus de Nouri Bouzid, longtemps attendu après l’annulation de la première projection aux Journées Cinématographiques de Carthage, semble livrer ses secrets à partir du titre Je ne mourrai pas : un appel à la vie, à la résistance et à l’émancipation. Manmoutech est aussi le titre d’un poème qu’a écrit Nouri Bouzid en prison dans les années 70 ( à l’époque où il faisait partie du mouvement de gauche Perspectives, interdit sous Bourguiba)

Le film arrive à point nommé vu le contexte sociopolitique agité que nous vivons, où tous les acquis, notamment ceux des femmes, sont remis en question. Nouri Bouzid ne peut rester insensible à ce paysage politique et ce film n’est que l’entreprise artistique qu’il mène contre les projets obscurantistes, et ce, depuis 1986, date de la sortie de son premier long-métrage L’homme de cendres, véritable croisade contre les tabous de la société tunisienne.

Dans cet opus, le réalisateur tunisien a mis en situation ses héroïnes, Aïcha et Zeineb, tout de go, à savoir lors du 14 janvier au sit-in de La Kasbah.  Mais ne nous leurrons pas, le sujet traité n’est pas la révolution que le film respire de bout en bout. Le sujet principal est bien le port du voile.

Le traitement intervient par le biais d’Aïcha  qui s’efforce de se refaire une vertu après avoir été abandonnée par son amant et Zeineb, que sa famille veut emmitoufler dans un voile pour plaire à son fiancé, jeune homme d’apparence peu recommandable.

Rarement Nouri Bouzid intervient dans ses films en tant qu’acteur. Mais  dans ce film, il incarne le personnage du vieil accordéoniste non voyant qui déambule.  Sa présence ponctue la narration, et anticipe parfois sa fin tragique. Curieux et intrigant ce personnage qui incite le spectateur à  se poser plusieurs questions : la mort est-elle la fin de la sagesse ? Est-ce la fin de l’euphorie ? L’objet de l’accordéon brisé retrouvé par Zeineb  mime l’idée. 

Nous l’avons déjà dit, le film respire la révolution, pourtant Nouri Bouzid n’expose pas une image triomphante, mais plutôt  une image désenchantée : Zeineb agressée par son frère, l’intégriste libéré de prison grâce au vent de la révolution, les salafistes qui prennent pour cible « les libertés personnelles ». Et pourtant, une scène de danse qui réunit les deux jeunes esquisse une brèche d’espoir.

Fiche technique du film :

Genre: Fiction – Distribution: Bahram Aloui, Tathi Mselmani, Lotfi Abdelli, Nour Mziou, Souhir Ben Ammara – Direction: Nouri Bouzid  – Production: Nouveau Regard / CTV Services  – Nationnalité: Tunisienne – Date de sortie: 2012  – Titre original: ??????? – Scénario: Nouri Bouzid et Joumène Limam – Montage: Saief Ben Salem – Image: Bechir Mahbouli – Son: Michel Ben Said – Musique: Sami Maatougui

Synopsis :

Très engagées dans les évènements qui ont secoué la Tunisie en Janvier 2011, deux jeunes filles vont être confrontées aux pesanteurs de leurs familles. Solidaires et complices, y compris à la pâtisserie où elles travaillent, elles vont devoir, au rythme même de la Révolution Tunisienne, affirmer leur volonté d’émancipation et imposer, aussi bien à leurs familles qu’à leurs fiancés, leurs propres exigences. Dans une société livrée à elle-même, le parcours de Zeineb et Aïcha résonne comme la métaphore de toutes les incertitudes qui pèsent sur l’avenir politique du pays.

 

1 COMMENTAIRE

  1. Nourid Bouzid sera le parrain de la 13e édition du festival Cinémas du
    Sud qui offre cette année encore un panorama précieux de la
    cinématographie des pays arabes. Le cinéaste présentera son film « Millefeuille » le dimanche 5 mai à 18h30 en clôture du festival.
    Festival Cinémas du Sud, du 2 au 5 mai à l’Institut Lumière (Lyon)

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