Il n’y a pas que l’économique !

Voici quelques exemples qui prouvent bien que l’informel déborde du cadre de l’économie  pour investir des pans entiers de notre société. Il suffit d’interroger certains faits de l’actualité récente.

Il n’y a pas que les étals anarchiques de marchandises, qui noient nos trottoirs, pour désigner l’émergence de l’informel dans notre société tunisienne. Ni encore la contrebande qui devient une « activité » bien paralysante pour notre économie. Nous avons évoqué avec assez d’arguments cette question dans un récent numéro de l’Economiste maghrébin.

A  y voir de plus près, l’informel est en effet partout. Il suffit d’ouvrir bien les yeux. En quoi consiste-t-il ? Mettons- nous d’abord d’accord sur le sens du mot « informel ». Mais que nous dit le dictionnaire ? Pour le dictionnaire, l’informel n’est ni plus ou moins que ce «  qui nest pas soumis à des règles strictesofficielles ».

Le mal est fait

Savez-vous que la loi tunisienne n’autorise aucune restriction à la circulation des hommes autant que les femmes à l’étranger seuls ? Pourtant un policier a enfreint, à l’aéroport de Tunis-Carthage, le 8 avril 2013, la loi en demandant par deux fois à une femme d’affaires –Sana Ghenima pour ne pas la nommer – qui s’apprêtait à prendre un vol matinal de Tunisair , si elle avait bien  informé et obtenu le consentement de son mari pour son déplacement seule à Tripoli.

Sana Ghenima sera appelée, certes, le jour même par le directeur général de la police des frontières, comme elle le fera savoir, « pour donner une suite favorable à l’affaire ». Et lui expliquer que « l’agent concerné par le dépassement a été gravement sanctionné, en procédure d’urgence ». C’est on ne peut plus louable. Mais le mal est fait.

Changement de décor : selon certaines sources, quelque 2 000 jardins d’enfants (40% de l’ensemble des jardins) seraient irréguliers. Cette information a beaucoup circulé, fin mars 2013, à l’occasion du viol d’une fillette de trois ans à La Marsa. Clair, net et précis, si on se fie à cette indication, la socialisation de l’enfant, celle qui va conditionner sa future intégration dans la société, est confiée à hauteur de 40% à des structures informelles. Bonjour les dégâts !

« Illégal, nul et non avenu »

Bien plus : le vendredi 19 avril 2013, le mufti de la République, Othman Batikh, intervient, lors d’une conférence de presse, pour dire que « le mariage coutumierorfi ) n’est plus ou moins qu’ « une forme de prostitution ». Et d’ajouter dans ce contexte que ce mariage est « illégal et nul et non avenu ».

Si une telle autorité religieuse prend la peine d’en parler, c’est que ce type de mariage se répand dans notre société. Il suffit d’interroger enseignants et étudiants de l’université tunisienne ou encore, médecins, infirmières et assistantes sociales.

 Savez-vous, enfin,  depuis quand date le drapeau tunisien ? C’est le 20 octobre 1827 qu’Hussein II Bey décide de sa création même s’il n’est effectif que depuis 1831. Il demeure officiel durant le Protectorat français et la Constitution de 1959 lui confirme la fonction de drapeau national de la République Tunisienne.

Savez-vous que depuis 1831, il n’a jamais été baissé sans motif valable (deuil national) ou profané. Et pourtant par deux fois depuis le 14 janvier 2011, ce crime a été commis. A  Bizerte, le 16 avril 2013, deux jeunes ont essayé de profaner le drapeau national et en ont brûlé une partie. Et à la Faculté des Lettres de La Manouba, lorsqu’un autre jeune avait retiré l’étendard national pour le remplacer par le drapeau noir salafiste.

Et si chacun d’entre nous tente de chercher des manifestations de cet informel qui supplante le formel, il peut trouver moult exemples. La présidente de l’Utica, la centrale patronale tunisienne, Wided Bouchamaoui, a eu, le 5 décembre 2012, à l’occasion d’une rencontre sur cette économie souterraine qui fait tant de mal au monde des affaires, cette remarque combien pertinente : « L’informel est en train de « devenir » le formel ».

Force est de constater que cette observation vaut aujourd’hui pour des pans entiers de notre société.

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