Saïd Aidi : ‘’ La jeunesse n’est pas le maillon faible’’

A l’occasion de la Journée Portail de l’embauche, organisée par l’Aiesec, hier 20 avril, au Palais des congrès, M. Saïd Aidi a bien voulu répondre à nos questions concernant le thème de l’emploi.

Outre les mesures politiques qui peuvent être entreprises pour inciter à l’emploi, comment un nouveau diplômé pourrait-il maximiser ses chances pour s’insérer dans le monde professionnel ?

Il faut  accompagner chaque jeune. Il est vrai qu’aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment d’accompagnement, et ce, principalement par les ONG et la société civile : le travail associatif est important car il facilite l’intégration dans le milieu professionnel.

Cet accompagnement permettrait aux jeunes de casser certains blocages dans leur tête. En effet, le premier poste n’est pas important mais c’est la dynamique du premier poste qui va permettre la construction du chemin personnel, autrement dit  le développement personnel.

Il faut savoir qu’au niveau mondial, 50% des jeunes diplômés (trois ans après l’obtention du diplôme) ne travaillent pas dans les métiers pour lesquels ils ont été formés. Donc, il faut que les jeunes comprennent que les diplômes qu’ils ont obtenus doivent tout d’abord leur donner la capacité d’analyse, de synthèse et de compréhension des problèmes : les jeunes qui ont une maîtrise d’histoire pensent qu’ils ne peuvent travailler que comme professeur d’histoire, ce qui est fondamentalement faux et doit être faux.

Qu’en est-il des entreprises ?

Les entreprises pensent trouver des jeunes formés sur mesure: un jeune diplômé doit être accompagné d’un point de vue de la formation et de la communication. On peut penser également à des mesures d’encouragement à destination de ces entreprises pour qu’elles puissent  collaborer et jouer leurs rôles par rapport à l’insertion de ces jeunes là.

Le système universitaire, à quel point est t-il adapté au marché de l’emploi ?

L’université doit davantage s’ouvrir au monde extérieur. Car la configuration d’avant la révolution, où on investissait dans le savoir mais  en même temps le régime autoritaire par la censure empêchait la diffusion, l’acquisition et le partage de ce savoir et celle d’après la révolution sont différentes.

Par ailleurs, d’une  part, les effectifs estudiantins à l’université ont doublé  dans dix ans vu l’évolution démographique de la  Tunisie, d’autre part, les budgets n’ont pas doublé. Donc l’université  fait à face à l’augmentation exponentielle du nombre d’étudiants sans avoir forcément les moyens de mener des réformes. Cependant, il ya des filières qui sont d’excellente qualité en Tunisie, d’autres qui le sont moins, et d’autres ont été  davantage créées pour absorber le pic démographique plutôt que former pour des spécialités ou des filières ou des métiers de demain.

Donc, l’université a besoin de s’ouvrir. Mais encore une fois, le côté  éducation pour tous est une valeur fondamentale de la société tunisienne qu’il va falloir préserver.

Aujourd’hui, le problème n’est pas de dire qu’on a trop de diplômés mal formés mais que notre économie n’a pas la capacité d’absorber les richesses que l’université produit .Mais, il faudra bien entendu améliorer et réformer les universités  pour développer plus l’esprit entrepreneurial et les compétences qui devraient être communes à toute la jeunesse tunisienne en termes de culture, de maîtrise des langues et d’innovation :  ce qui leur ouvrira  probablement des perspectives vers les métiers d’innovation  que ce soit dans des filières traditionnelles ou dans des métiers d’avenir autour de  l’écologie ou du développement durable, ce qu’on appelle le développement social et solidaire.

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