« Jeudi après-midi » : quand le cinéma sonde les profondeurs de la déchéance d’une famille tunisienne

Pour agrémenter son troisième long-métrage, venu sept ans après le tournage de son film Villa, Mohamed Dammak a misé sur un trio exceptionnel : Fethi Haddaoui, connu pour ses rôles dans les meilleurs feuilletons syriens, Fatma Saidane, comédienne ayant joué plusieurs fois dans les pièces de théâtre de Fadhel Jaïbi et la jeune talentueuse Aïcha Ben Ahmed.

La déchéance d’une famille tunisienne
On assiste dans ce film à la déchéance de la famille d’un homme d’affaires tunisien, proche de la famille de l’ex-président, avide d’argent et d’autorité. Tout le film n’est que l’autopsie de cette  famille qui a volé en éclats dans toutes les directions. Mohmaed Dammak a zoomé sur une famille tunisienne afin de sonder ses profondeurs : chaque membres de la famille représente un aspect de la société tunisienne . Nous citons : Monia , prof de maths au bord de la crise des nerfs, Taib le grand bluffeur, Hinda la femme dépressive et d’ autres encore. Pour compliquer la tâche de ses personnages, il a choisi de situer les événements  de son film à l’époque de la dictature bien avant la révolution tunisienne. Autour de Mustapha (Fethi Haddaoui) gravitent tous les personnages notamment ses fils.

Zohra : la vengeance est un plat qui se mange à froid
Zohra la jeune infirmière fait irruption dans la vie de l’homme d’affaires à un moment où ses enfants n’ont pas su prendre soin de lui durant sa convalescence après son accident de la route. Son regard triste, ponctue tout le film et retient l’attention du spectateur auquel ne seront dévoilées les raisons de cette tristesse qu’à la fin du film. Il y a une atmosphère à la Hitchkok dans ce film : le suspense est poignant et le dénouement  arrive pour soulager le spectateur. L’attachement de l’homme d’affaires à la jeune infirmière commence à prendre forme et évolue vers une passion unilatérale. Pourquoi Zohra s’intéresse-t-elle à cette famille ? L’argent de Mustapha ? L’ascension sociale ? Autre chose qui la pousse à détériorer les relations entre les membres de cette famille. C’est son  désir impérieux de vengeance qui consumera la famille à petit feu.

Le Rappeur Mokhtar : Brèche d’histoire dans le film
Le rôle est interprété par le rappeur Mohamed Amine Hamzaoui et cela donne un souffle de révolte et de jeunesse au film. L’un des fils de Mustapha, Mokhtar, a  en effet opté pour le rap, ce genre de musique contestataire par excellence : la contestation du vécu, du contexte avant  la révolution d’où ses confrontations successive avec son papa : un père qui stagne dans le marécage du pouvoir et un fils croyant à la révolution et à la libération par l’art. L’antagonisme entre les deux personnages illustre bien le conflit des générations et est annonciateur de la relation tendue entre un peuple avide de liberté et d’affranchissement et un système mafieux pourri au bord de l’implosion.  Le jeune rappeur est la seule brèche d’espoir dans ce film où toutes les relations sont régies par le pouvoir et l’opportunisme.

 

 

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