Amnesty international et plusieurs journalistes tirent la sonnette d’alarme

Un cri d’alarme faisant état de multiples dangers menaçant les droits de l’Homme et la liberté d’expression a été lancé ce matin par la section tunisienne d’Amnesty international et par plusieurs journalistes. C’est à travers une pétition nationale, lancée aujourd’hui, lors d’une conférence de presse, que l’organisation compte faire entendre sa voix aux élus du peuple. Là où ils siègent, ceux-ci ne sembleraient pas si soucieux des droits fondamentaux, ni des menaces liberticides. La preuve, selon Lotfi Azzouz, représentant tunisien d’Amnesty International, en est le projet de la Constitution qui ne mentionne pas l’universalité des droits de l’Homme, dont notamment le droit à l’accès à l’information ou la liberté d’expression.

Pour Kamel Laabidi, journaliste et président de l’Instance nationale indépendante pour le secteur de l’information et de la communication, le dédain de l’Assemblée  nationale constituante va au-delà du texte de la Constitution pour se manifester à travers des projets de loi « défigurés et liberticides ». Le projet de loi organique qui avait été soumis à l’ANC le 6 septembre 2012 pour abroger le décret-loi 115 en est, selon lui, un exemple concret et frappant : « Parmi les 80 articles de ce projet défendu notamment par les députés d’Ennahdha, 13 articles peuvent conduire les journalistes en prison ! » s’est-il indigné.

Kamel-Laabidi

Mais pour Kamel Laabidi, l’ANC, majoritairement nahdhaouie, n’est pas la seule à compromettre le présent et l’avenir des médias. Les deux autres pouvoirs ne sont pas moins impliqués. Du côté du gouvernement, les incidents, voire les confrontations, vont crescendo depuis l’accès de la Troïka au pouvoir : les nominations gouvernementales « arbitraires » à la tête des établissements publics de presse, le limogeage, non moins arbitraire, des directeurs de plusieurs radios régionales, les déclarations offensives de la part de plusieurs responsables du gouvernement, comme Hamadi Jebali ou Lotfi Zitoun… Le feuilleton, qui relate la relation conflictuelle entre le gouvernement et les médias, a davantage été compliqué par les déclarations du président de la République. Au lieu  de se prévaloir de ses prérogatives  pour en finir avec la composition de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HAICA), Moncef Marzouki, hésite encore. La cause en serait le rejet jusqu’ici du mouvement Ennahdha de tous les membres présentés par le Syndicat national des journalistes.

En l’absence de cette instance qui devrait, tel qu’énonce le décret-loi 116, organiser et réguler le secteur audiovisuel, le paysage médiatique continue à baigner dans le flou et même la corruption. Le journaliste Jamel Arfaoui a de ce fait mis en garde contre des « opérations de blanchiment d’argent dans les médias ».  L’absence de garanties juridiques et légales assujettit, selon lui, le secteur à l’emprise de quelques hommes d’affaires corrompus et vide la mission du journalisme de son sens.

Outre les tentatives de domestication exercées pour le pouvoir en exercice et par quelques magnats de l’économie, d’autres menaces endogènes pèsent sur les journalistes. La journaliste Chedia Khedhir, de la télévision nationale, déplore en effet un manque de solidarité chez les journalistes. Sa collègue Amel Chahed, qui a vu, il y a quelques semaines, son émission politique censurée et remplacée par un feuilleton turc, appelle, elle, ses collègues à « une plus grande résistance et à une plus forte autorité face aux intimidations. « Il ne faut pas se laisser faire, cette fois-ci. Notre responsabilité est grande et historique », a-t-elle insisté.

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