L’héritage de Margaret Thatcher 1925-2013

La baronne Thatcher n’aura  finalement pas d’obsèques  d’Etat. Les autorités britanniques, pourtant sous domination du Parti conservateur, ont décidé de se contenter d’une cérémonie avec les honneurs militaires. David Cameron, leader du Parti conservateur et actuel Premier ministre, a su jouer avec le protocole et le jargon  pour éviter d’enflammer davantage  un débat déjà houleux sur l’héritage de celle qu’on surnomma la Dame de fer.

Pour ce qui est de l’héritage de Margaret Thatcher, supporters et opposants sont unanimes sur son importance mais pas autant sur sa valeur. Certains se plaisent à dire qu’elle a divisé le pays. Il n’est  cependant pas évident de déterminer la ligne de démarcation. En témoignent les hommages exprimés par Tony Blair, celui qui a remis le Parti travailliste au pouvoir en 97, et Ed Milliband le chef actuel du parti. Les  deux protagonistes  s’accordent à dire que la baronne Thatcher a sauvé le Parti travailliste en le poussant à changer et à éviter une extinction inéluctable face au raz de marée conservateur  des années 80.

Margaret Thatcher, à  la tête  du Parti conservateur depuis 1975, est arrivée au pouvoir en 1979 dans une Grande-Bretagne minée par les conflits sociaux et accablée par son industrie lourde en déclin. L’Etat subventionnait  les activités minières et sidérurgiques déficitaires et des syndicats de plus en plus radicalisés se refusaient à toute concession et n’hésitaient pas à  bloquer le pays dans des grèves interminables. L’économie était à l’agonie, le taux de chômage culminait, l’inflation était galopante  et le pays perdait de sa splendeur d’antan. Arrivée au pouvoir grâce au fameux slogan « Labour isn’t working », Thatcher promit de redresser l’économie en réduisant le rôle de l’Etat dans l’économie  et en limitant le pouvoir des syndicats. Elle y resta pendant plus de 11 ans, une période record pour un Premier ministre au pouvoir.  Elle aura atteint  ses trois objectifs : le pays est passé de  29 millions de journées de grève en 1979, à 2 M en 1986. L’inflation passa de 27% en 1975 à 2.4% en 1986 et le plus haut taux d’imposition est passé de 83% à 40%. En outre, la libéralisation des services financiers et la privatisation des champions nationaux a fait de Londres une place financière internationale et une source de revenus et d’emplois importante.

Le redressement n’a pas été un long fleuve tranquille et la confrontation avec les syndicats en 1984 était probablement un des moments qui marqua le plus son mandat. Elle avait d’abord refusé la confrontation en 1981 avec les mineurs car le pays et  le gouvernement n’y étaient pas préparés. Lorsque les mineurs revinrent à la charge trois ans plus tard, son gouvernement avait amassé un important stock de charbon et elle  surfait toujours sur la vague de la victoire militaire obtenue aux îles Malouines face à la dictature argentine. Les syndicats ne s’en remettront jamais. Elle ne céda pas d’un pouce face aux grèves sauvages et défendra farouchement le droit de ceux qui ne voulaient pas y participer. Elle remporta cette  bataille et on l’accusera par la suite d’avoir détricoté  le tissu industriel britannique. « A quoi bon subventionner des activités vouées au déclin ? « , disait- elle.

Elle aura marqué  une génération d’hommes et de femmes politiques. Ceux qui la soutenaient vivent toujours dans son ombre et le Parti conservateur se bat toujours pour trouver une forme moderne de thatchérisme. Les Travaillistes, de leur côté, ont su saisir l’opportunité pour virer davantage vers le centre et se réinventer. Les méthodes de Thatcher étaient radicales et contestées mais elle donna le cap, et tout en déplaçant le centre de gravité de la vie politique britannique vers la droite, elle a aussi réussi à  faire virer ses concurrents politiques de bord. Il en découla le New Labour, une émanation centriste du Parti travailliste  qui a pu gouverner le pays pendant plus de 11 ans.

La lutte de Margaret Thatcher  était surtout centrée sur plus de libertés individuelles.  Permettre à ceux qui veulent travailler plus de le faire et surtout diminuer la place de l’Etat dans la vie des gens. Des angles morts, il y en a eu beaucoup dans ses mandats :  son scepticisme face au projet politique européen, son appréhension paranoïaque de la réunification allemande ou encore son soutien à l’ANC de l’Afrique du Sud en complète contradiction avec sa bataille pour les libertés. Elle montrait certes beaucoup de zèle contre le bloc communiste, ce qui lui vaudra le surnom de Dame fer par la presse soviétique mais elle était la première à voir en Gorbatchev un partenaire et un interlocuteur crédible. Son intermédiation a été cruciale pour la fin de la Guerre froide,  notamment grâce à l’estime dont elle bénéficiait auprès de Ronald Reagan.

Reconnaître l’héritage de Thatcher n’est pas synonyme d’hagiographie mais plutôt un hommage à une force de la nature qui, malgré les points noirs dans ses mandats, savait tenir son cap pour servir sa nation : «  Demi-tour si vous voulez », répondit- elle à la demande de rappel de  la task force envoyée à travers l’Atlantique pour récupérer les Malouines. Mais la dame n’était pas près de tourner.

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