Le procès de Moubarak reporté pour la énième fois

 Surprise à l’ouverture de la première audience, samedi 13 avril au Caire : le président du tribunal chargé de juger à nouveau l’ex-président égyptien  s’est récusé en faisant tourner court le début de ce procès.

Ainsi, le  juge Moustafa Hassan Abdallah a renvoyé le dossier devant une cour d’appel, qui devra choisir un nouveau tribunal. Le nouveau procès du président égyptien déchu Hosni Moubarak pour complicité dans le meurtre de manifestants et corruption devait s’ouvrir sous haute sécurité samedi au Caire.

Hosni Moubarak, qui aura 85 ans en mai et est malade, a été transporté en hélicoptère d’un hôpital militaire en banlieue du Caire vers le site de l’école de police où la Cour criminelle est installée. Il a ensuite été emmené à bord d’une ambulance. Selon des images de la télévision d’État, Moubarak est sorti de l’ambulance allongé sur une civière, vêtu de blanc et le regard masqué par des lunettes de soleil, comme lors de ses comparutions lors de son premier procès où il avait été condamné à la réclusion à perpétuité.

« Cliniquement mort »

La santé de Hosni Moubarak, renversé en février 2011 par une révolte populaire après trente ans de pouvoir sans partage et détenu quelques mois plus tard, a fait l’objet de nombreuses spéculations, et il a même été donné pour « cliniquement mort » en 2012 par l’agence officielle Mena. Ses coaccusés sont ses deux fils, l’ancien ministre de l’Intérieur  et six anciens hauts responsables des services de police.

Rappelons que son premier procès, en août 2011, avait captivé l’Égypte et le monde arabe. L’image de l’ancien chef d’État, autrefois intouchable et tout-puissant, couché sur une civière dans le box des accusés, avait marqué les esprits.

Le premier dirigeant arabe jugé

Selon l’agence AFP, c’était la première fois qu’un dirigeant arabe renversé par son peuple comparaissait en personne devant un tribunal. Le président tunisien déchu  a été jugé par contumace, et l’ex-dirigeant irakien Saddam Hussein a comparu devant un juge, mais après une invasion étrangère. Néanmoins, ce nouveau procès est éclipsé par l’instabilité, une grande partie des Égyptiens étant plus préoccupés par la crise politique, sécuritaire et économique sévissant dans le pays.

Colère et incompréhension

Mais si beaucoup se disent indifférents au sort de Hosni Moubarak, le fait que personne n’ait encore rendu de comptes pour la mort de près de 850 personnes en 18 jours de soulèvement (25 janvier-11 février 2011) continue à susciter la colère et la frustration.

 Hosni Moubarak a été condamné lors du premier procès à la perpétuité pour sa responsabilité dans la mort d’une partie des 850 personnes. Il a fait appel contre sa condamnation, de même que le parquet qui a réclamé la peine de mort. Des ONG et défenseurs des droits de l’Homme ont dénoncé un processus entaché d’irrégularités n’ayant pas réussi à identifier les responsables.

Symboles de richesse et de corruption  

L’ex- ministre de l’Intérieur avait aussi été condamné à la prison à vie. En revanche, six anciens responsables de la sécurité avaient été acquittés, provoquant la fureur de nombreux Égyptiens, pour qui ce verdict équivalait à absoudre une police honnie et accusée de violations systématiques des droits de l’Homme. Hosni Moubarak et son ministre ainsi que les six responsables vont être rejugés pour complicité dans le meurtre et tentative de meurtre de près de 850 manifestants. Les deux fils de Moubarak, autrefois symboles de richesse et de pouvoir, vont comparaître pour corruption, tout comme leur père.

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