Pour que perdure l’élan de générosité des Tunisiens

En racontant l’histoire de la création du Fonds Citoyen, le professeur Saadeddine Zmerli avait la voix émue. Lors de la conférence de presse, tenue ce matin au siège du fonds à la BCT, il se souvient : «  Au lendemain de la révolution, et dans un élan de générosité superbe et spontané, des Tunisiens ont donné de leur argent pour venir en aide à leurs concitoyens dans les régions défavorisées. Avec les dons qu’il a reçus de la part de ces citoyens, Mustapha Kamel Nabli a décidé de créer un fonds. C’est ainsi que naquit, en mars 2011, le Fonds Citoyen. »

Depuis, un long chemin a été parcouru, mais non sans entraves. « D’abord, il a été question d’établir les bases et les mécanismes de fonctionnement selon les principes de la bonne gouvernance et de la transparence »,  a déclaré Mohamed Mehdi, l’auditeur externe du fonds. Puis, c’était la phase de l’exécution des projets avec les dons collectés. Avec la pertinence et  la rigueur que demande le choix des projets et des associations partenaires,  le comité directeur du fonds a dû accuser une certaine lenteur. Mais pour Habib Touhami, membre du comité, il vaut mieux être retardataire que de risquer d’être inefficace. L’efficacité, le fonds se l’est imposé à lui-même mais aussi aux associations avec lesquelles il travaille.

 Trait d’Union-Tunisie (TUT), en est une. Ensemble les deux structures avaient lancé en juillet 2011 le projet « Madrassati ». Un projet ambitieux qui a mobilisé des dizaines de bénévoles et quelque 358 mille dinars pour la réhabilitation de 18 écoles primaires. Perdues dans les contrées lointaines du pays, ces écoles de Gabès, Bizerte, Gafsa, Kasserine, Kébili, Le Kef et Siliana sont désormais raccordées à l’électricité, à l’eau potable et disposent d’équipements modernes et neufs. De cette aventure humaine, Docteur Neila Attia, la présidente de l’association, retient des moments forts et « inoubliables ». Grâce à cette campagne, 17 écolières ont pu en effet rejoindre les salles de classe après les avoir désertées, faute de ressources et de fournitures scolaires.

En collaboration avec le Croissant- Rouge Tunisien, le Fonds Citoyen a équipé 132 centres de santé de base de congélateurs pour conserver les vaccins et les médicaments. Cette action, entreprise en mars 2012, a coûté environ 125 mille dinars. Elle a visé, selon les dires de Habib Touhami, à remédier aux lacunes du gouvernement, mais sans qu’i l y ait chevauchement entre les deux.

Ce risque de chevauchement a pesé et pèse encore sur l’avenir du fonds. Récemment, lors d’un Conseil ministériel, la possibilité de remplacer le Fonds Citoyen par un prochain Fonds de Zaqat a été évoquée par des ministres. A cette proposition, les membres du Fonds ont dû résister, en justifiant les principes et l’esprit même du fonds : la spontanéité des Tunisiens et leur propension naturelle au don et à l’aide. « Les gens qui font des donations au Fonds, le font sans arrière- pensée ni obligation religieuse », a assuré Habib Touhami.

A deux ans d’âge, la jeune structure qui siège à la Banque Centrale a collecté 1.047.000 dinars et financé des projets d’utilité publique à hauteur d’environ 664 mille dinars. L’avenir des projets en cours et la pérennité du fonds dépendent certes de la volonté politique de ceux qui gouvernent, mais ce sont les dons des citoyens qui décideront de la pérennité de la structure.

Pour faire parvenir leurs dons au Fonds Citoyen, les Tunisiens à l’intérieur comme à l’extérieur du pays ont le choix entre virements bancaires, chèques, ou carte de crédit.

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