Morose 9 avril

A plus d’un titre, le 9 avril 2013 ce  n’était pas  la joie. En parcourant la grande avenue, nous étions frappés par un environnement qui respire la tension   : les barrages installés tout au long de l’avenue pour empêcher les accrochages ne militent pas pour l’union mais plutôt pour la désunion. Pour couronner le tout,  Monsieur Ali Lâaryedh a déclaré le jour même que les événements du 9 avril 2012 font partie de l’histoire ancienne et que le dossier est clos. Quant au dossier des familles des martyrs et des blessés de la révolution, il demeure une plaie saignante. Ces familles qui, accablées par la douleur d’avoir perdu un être cher, doivent en plus endurer l’incohérence d’une justice qui peine à donner un visage et un nom aux tueurs de leurs enfants.

 « Nous n’avons pas confiance en la justice militaire », annonce en effet la  banderole brandie par ces familles  venues manifester devant le siège du gouvernorat de Tunis, hier 9 avril. Chacun tenait la photo de son regretté : larmes, émotion et silence. Il n’y a pas de mots pour décrire leur détresse et rien ne pourra les soulager sauf la traduction des coupables devant la justice. Malgré cela, la cause des blessés et des martyrs de la révolution n’est pas tombée dans l’oubli : les familles des martyrs se sont armées d’une volonté inflexible pour continuer la lutte.

« Je ne revendique que le droit de voir le tueur de mon fils menotté ». Par ces mots, Hédi Aouini, père du martyr Mehdi Aouini, nous a interpellés. Hédi a succombé suite à une balle le 13 janvier à Sidi Hssin (quartier populaire de Tunis). Notre interlocuteur a perdu toute confiance en la justice militaire : « Cela fait plus d’une année que je n’assiste plus au procès. Ça ne sert à rien  surtout que le tueur de mon fils est encore libre et exerce son métier paisiblement ». Le  parent du martyr  accuse Amara Lahmar d‘avoir tué son fils. Propos qui  restent à vérifier…

Un peu plus loin, une femme nous aborde et se présente : «  Je suis la mère du martyr », dit-elle avec fierté. Essaïda Maâouia n’a pas caché  son amertume et son mécontentement face à la situation de la stagnation de l’affaire :   « Je tiens au dédommagement, moral et matériel et je n’y renoncerai pas. A quoi bon y renoncer ?  Où va le procès ?« ,  s’exclame -t- elle.

Khadija Boulaabi, la sœur du martyr Ahmed Boulaabi, est venue protester devant le siège du gouvernorat de Tunis. Pour elle, justice n’a pas été faite. La famille ne connaît toujours pas l’assassin de son frère, à Thala, le 8 janvier 2011, à 21h30. Cette impunité des criminels et la souffrance de sa famille, Khadija l’explique par une éventuelle complicité entre la justice militaire et les appareils de sécurité au ministère de l’Intérieur. La jeune femme appuie la défaillance de la justice militaire par plusieurs faits dont, notamment, la « disparition » du rapport balistique prouvant l’origine des balles ayant causé la mort de son frère. Elle fustige également le peu de considération manifestée par les autorités vis-à-vis de ces familles, surtout lors des procès.

L’avocat Charfedine Kalil a choisi de soutenir cette cause en faisant partie du comité de défense des familles des martyrs. Il explique la déception des familles des martyrs par les offenses subies et la non-identification des coupables. « Elles ne revendiquent que la vérité. Rien que la vérité », insiste-t-il.

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