Margaret Thatcher, un bilan controversé

L’ancien Premier ministre britannique, décédée lundi, était-elle le sauveur de l’économie anglaise où l’ultralibéralisme, dans les années 80, avait creusé les inégalités sociales en jetant 2,5 millions de chômeurs à la rue ?

Pour le quotidien français de gauche Libération, «La crise des années 2000 est aussi la crise du thatchérisme que ses suppôts portèrent aux extrêmes » décrivant une femme politique qui « porta le nationalisme aux limites du chauvinisme et de la xénophobie antieuropéenne. »

Seul le Figaro (droite) se livre en France à une véritable apologie du thatchérisme : »Elle laisse un héritage valable bien au-delà des îles Britanniques et des frontières idéologiques », écrit son éditorialiste, n’hésitant pas à affirmer que « la France et l’Europe d’aujourd’hui auraient bien besoin de dirigeants de sa trempe. »

La dame au « cœur de fer »

En Allemagne, le Süddeutsche Zeitung (Munich) consacre une pleine page à la mort de Thatcher, la dame au « cœur de fer »:  « Elle a marqué la Grande-Bretagne comme personne d’autre. Tout le monde est unanime, ceux qui l’aimaient comme ceux qui la détestaient ».

Le Tagesspiegel (Berlin) voit dans Thatcher « l’infirmière de la nation britannique qui a administré à ses concitoyens une potion aussi amère que nécessaire ».

« On ne l’aimait pas, on l’admirait », rappelle le tabloïd allemand Bild. « Elle était une Queen en civil », résume le journal qui rappelle qu’elle vivait la réunification allemande scellée en 1990 comme une tragédie.

« Fossoyeur » de l’URSS

Pour la presse russe, Margaret Thatcher compte parmi les « fossoyeurs » de l’URSS, comme le titre le quotidien populaire Moskovski Komsomolets, rappelant que le surnom de « Dame de fer » avait été lancé par la propagande soviétique de l’époque.

Quant à la presse belge, elle analyse l’héritage laissé par Margaret Thatcher aussi bien sur le plan européen qu’en Grande-Bretagne.

Le Soir estime que « la Dame de fer a mis toute son énergie à façonner l’Europe, à la brider. Aujourd’hui, on doit le constater: Margaret Thatcher a largement réussi. Il faut saluer l’adversaire définitivement défait, même si c’est sur un autre champ de bataille ».

L’Etat réduit « à rien »

La Libre Belgique consacre huit pages spéciales à « l’héritage des années Thatcher », revenant sur « les deux visages du thatchérisme », tout en soulignant que la « croissance retrouvée », le « prestige restauré a aussi une face plus sombre: le creusement des inégalités sociales et plus de 2,5 millions de chômeurs » en Grande-Bretagne.

« La fille de l’épicier qui a marqué une époque », titre en première page l’Italien Corriere della Sera, décrivant Mme Thatcher comme un « révolutionnaire conservateur ».

Romano Prodi, ancien président de la Commission européenne et ancien Premier ministre italien de centre-gauche, estime, dans le quotidien Il Sole 24 Ore, que les idées de Thatcher ont contribué à ouvrir la voie à la crise financière mondiale. « Thatcher a réduit l’Etat à rien », résume-t-il.

Il Messaggero constate que ses fans en Italie étaient « une minorité », ajoutant que le « thatchérisme » est « incompatible avec notre caractère national ».

À Hong Kong, les commentaires reflètent l’amertume persistante sur les négociations de Mme Thatcher avec Pékin sur l’avenir de la colonie britannique avant sa rétrocession à la Chine en 1997.

Le South China Morning parle d’elle comme « un géant du 20e siècle », mais note aussi son incapacité à négocier avec Deng Xiaoping la rétrocession de Hong Kong.

Le journal en langue chinoise Apple Daily, connu pour son opposition à Pékin, assure qu’elle a défendu « exclusivement les intérêts britanniques » dans ces négociations, mais reconnaît son leadership dominant.

Les médias d’Etat chinois, eux, saluent Thatcher comme un « exceptionnel » chef de file qui a accepté « avec sagesse des compromis » sur l’avenir de Hong Kong.

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