La « solution-astuce » du limogeage !

Le limogeage d’un entraîneur sous nos cieux ne constitue-t-il pas une  solution de facilité ? Une sorte de propension à éviter de s’attaquer, sans doute, aux vrais problèmes ?  Tout le monde devine qu’un seul homme ou même un staff technique ne peuvent être l’unique cause de l’insuffisance de résultats.

Dur dur d’être entraîneur en Tunisie. Dimanche 31 mars 2013, Nabil Kouki a été limogé et avec lui nombre de techniciens du Club Africain pour avoir perdu un match décisif face à l’Espérance Sportive de Tunis (1-3) dans la course pour le Championnat de Tunisie de football.

Ce n’est pas la première fois  – ni d’ailleurs la dernière – que cela arrive en Tunisie. Il est de coutume que les entraîneurs soient remerciés chaque fois qu’un club perd un match de première importance ou obtient de mauvais résultats.

Pas moins de trois entraîneurs ont vécu un limogeage pour la seule saison 2012-2013. Nabil Kouki bien sûr. Mais aussi Sami Trabelsi  (Equipe nationale) et Mondher Kebaier (Etoile Sportive du Sahel).

On a vu pire : au cours de la saison 2009-2010, souvenez-vous presque tous les clubs de la Nationale 1 ( Division nationale) se sont séparés de leur coach. Il est arrivé que certains techniciens – fait insolite -, comme Michel Decastel et  José Do Moraïs, soient  limogés alors que les clubs qu’ils entraînaient se trouvaient  en  tête du classement du Championnat. Le Portugais José Do Moraïs s’est retrouvé quelques mois plus tard adjoint du grand  José Morino à l’Inter de Milan, l’année où ce dernier a réussi à obtenir la Coupe d’Europe des clubs champions. Allez comprendre !

La réflexion veut et se doit de transcender l’affaire

Il ne s’agit pas là de défendre Nabil Kouki et la prestation du Club Africain du 3 avril 2013. Le staff technique de ce club prestigieux méritait  peut-être la sanction  du limogeage. C’est une affaire qui concerne les décideurs du club de Bab Jedid qui connaissent mieux que quiconque l’évolution de la vie de leur team.  Le problème n’est pas là. Et la réflexion veut et se doit de transcender d’ailleurs cette affaire.

Le limogeage ne constitue-t-il pas toutefois la plupart du temps dans notre football une  solution de facilité ? Une sorte de propension à éviter de s’attaquer, sans doute, aux vrais problèmes ?  De ce point de vue, le limogeage donne l’impression d’être une « solution-astuce ». Sinon une soupape de sûreté. Tout le monde devine qu’un seul homme ou même un staff technique ne peuvent être l’unique cause de l’insuffisance de résultats.

Les échecs et les réussites ont des causes plus profondes et plus complexes. Tout le monde convient que les réussites sportives sont toujours soutenues par des stratégies, une planification rigoureuse, une gestion tout autant rigoureuse des ressources humaines, une infrastructure de base adéquate…

En somme, un  tout qu’il s’agit de savoir gérer en y mettant  les moyens et le temps nécessaires. Pour s’en convaincre, il suffit de voir, par exemple, comment les Etats-Unis d’Amérique sont devenus en l’espace de vingt ans une nation de football, appelé du reste « soccer ». Rien à voir avec le football américain et son « Super Bowl », cette finale  dont  l’audience se situe entre 40 et 60 %.

« On pourra  mettre fin à ses fonctions à cette date… »

Un véritable cas d’école. En effet, une stratégie de développement d’un sport, qui est  loin d’être populaire, à partir de la décennie soixante-dix, a permis à ce pays de tenir tête au grand Brésil (0-1)  lors de la Coupe du monde de football de 1994 et a failli de le battre à la finale de la Coupe des Confédérations de 2009  (2-3) ; les Etats-Unis menaient au score (2-0) jusqu’à la 46 ème minute.

De nombreux reportages et études ont mis en valeur les efforts soutenus par la Fédération des États-Unis de Football (United States Soccer Federation) pour développer la pratique du football avec la mise en place d’une stratégie globale qui implique tout le monde, comme savent le faire les Américains,  à coups d’actions concrètes évaluées en permanence et améliorées et d’actions de communication : les autres fédérations sportives, les clubs, la société civile, les familles, les Etats, les stars, les milieux d’affaires, les universités, …

En somme,  un autre état d’esprit. Terminons par sur une anecdote : nous sommes au début des années 2010, dans un grand club londonien de football. Des supporters s’interrogent dans une réunion avec le président du club sur le pourquoi du maintien à son poste du coach, un grand technicien qui n’a donné que peu de bons résultats pour la saison en cours. Réponse du président : « Nous ne pouvons pas l’envisager pour l’heure. Il est lié par contrat avec nous jusqu’à…. On pourra  mettre fin à ses fonctions à cette date. Ce  sera dans…. deux ans ! »

En France, un certain Guy Roux a entraîné un grand club français, l’AJ Auxerre, de 1961 à 2005. Un bail de 44 ans ! En Angleterre, un certain Axel Ferguson est entraîneur du club de Manchester United depuis 1986. Et ce qui est sûr, c’est que ces deux derniers n’ont pas connu que des succès. Loin s’en faut : il faudra attendre l’année 1993, soit sept ans après son arrivée à Manchester United,  pour qu’Axel Ferguson obtienne le titre de Champion d’Angleterre.  Mais le travail qu’il a accompli depuis 1986  a permis à force d’abnégation et de patience de collectionner les titres : entre autres, 14 championnats d’Angleterre, une Coupe du monde des clubs, une coupe intercontinentale et deux  Ligues européennes des champions.

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