Que doit-on retenir de la crise chypriote ?

Interpellé par la crise chypriote, l’économiste Moez Laabidi a estimé que le plan de sauvetage du secteur financier de l’île de Chypre se présente comme un exercice de haute voltige pour la troïka  (BCE, Commission européenne et FMI).

« Il y a, d’abord, un plan de restructuration du secteur bancaire qui impose la liquidation immédiate de la Cyprus Popular Bank (Laiki Bank), la seconde banque du pays.

Le portefeuille des NPL (non-performing loans) de la Laiki Bank sera cantonné dans une structure de défaisance (bad bank). Le plan prévoit aussi la recapitalisation de la Bank of Cyprus (BoC), afin qu’elle puisse atteindre un ratio de solvabilité Core tier 1 de l’ordre de 9% d’ici la fin de la mise en œuvre du programme d’assistance.  La confirmation du principe de garantie des dépôts à hauteur de 100 000 euros a permis d’éviter le risque de panique bancaire.

L’effort de recapitalisation du secteur bancaire  serait assuré par les détenteurs de dépôts supérieurs à 100 000 euros, les actionnaires et les créanciers obligataires », souligne M. Laabidi.

Répercussions sur le monde arabe et la Tunisie

A la question « est-ce que crise chypriote pourrait avoir des répercussions sur le monde arabe et plus précisément sur l’économie tunisienne », Moez Laabidi a essayé de relativiser.

« Certes, l’île de Chypre est un petit pays, mais il n’y a aucune comparaison avec la Tunisie. Son statut de  paradis fiscal a contribué largement à l’hypertrophie de son secteur bancaire, huit fois le PIB, alors que la moyenne européenne tourne autour de 300 % du PIB. Directement, il n’y a aucun impact sur la Tunisie. Par contre, tout dépend de ses retombées sur le reste de la zone euro (effet de contagion, taux de croissance, cours de l’euro, ..) qui peuvent avoir des implications sur l’économie tunisienne, repoussant ainsi le scénario d’une reprise solide. Une économie qui reste très dépendante de la zone euro (80 % de ses échanges extérieurs) », lance-t-il.

Et d’ajouter : « Dans le reste du monde arabe, un pays comme le Liban, pourrait profiter de cette crise. Le retrait d’une partie des avoirs de grosses fortunes libanaises pourrait soutenir le Liban qui traverse une période difficile. Toutefois, la crise syrienne et les tensions régionales qui en résultent relativisent une telle option ».

Leçons d’une crise

Moez Laabidi estime que la crise chypriote est riche d’enseignements pour le cas tunisien. « Premièrement, l’assainissement du secteur bancaire est déterminant pour la performance macroéconomique du pays.

Deuxièmement, la régulation micro-prudentielle doit être épaulée par une autre régulation macro-prudentielle, car la fragilité bancaire est source de risque systémique.

Troisièmement, il faut éviter de se retrouver avec un nombre réduit de banques qui accaparent l’essentiel du financement de l’économie. En Tunisie, notre obsession pour les champions régionaux devrait être tempérée, la bataille pour l’ancrage aux standards internationaux de performance et de bonne gouvernance doit primer sur la recherche de la taille critique.

Quatrièmement, le développement du marché financier, et surtout le compartiment obligataire, semble être indispensable pour alléger le fardeau du financement de l’économie, qui pèse depuis des années, pour le cas tunisien, sur le secteur bancaire.

Cinquièmement, la recapitalisation du secteur bancaire s’impose aujourd’hui. L’alibi de la dégradation des finances publiques ne doit, en aucun cas, nous décourager à engager le train des réformes indispensables pour le secteur.

Enfin, la crise que traverse la zone euro n’est pas encore prête à retrouver le chemin de l’accalmie. La balance des opérations courantes et le stock de réserves de devises de la Tunisie, demeureront sous tension d’ici la fin de l’année 2013. Ainsi, l’effort doit être double, au niveau interne, pour accélérer les réformes institutionnelles (Constitution et instances indépendantes) et pour rétablir la sécurité, afin de compenser la perte de croissance causée par le blocage de la demande externe » explique-t-il.

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