Chedly Ayari dénonce la « manipulation médiatique » de la lettre d’intention à destination du FMI

« Souveraineté à l’encan », voici entre autres un titre qui a mis à mal le gouverneur de la Banque Centrale et l’a amené à tenir un point presse, ce matin, question de dissiper le brouillard. Celui qui a suivi l’affaire d’un certain projet de correspondance en destination de Christine Lagarde, la patronne du Fonds monétaire international. Ce document, classé « très confidentiel », fuité, il y quelques jours  a été décortiqué par les analystes et experts économiques et plusieurs d’entre eux y ont vu des défaillances et des discordances.

Ezzeddine Saidane, intervenu sur les ondes de Shems FM, le 27 mars, a estimé que « les chiffres mentionnés dans le document sont loin de concorder avec les chiffres présentés au grand public ». Nawaat a pour sa part analysé cette lettre d’intention et l’a considérée comme une « dernière étape avant la colonisation ». D’un seul revers de la main, Chedly Ayari a balayé ces accusations et en a même ricané. Pour ce qui est des chiffres, le gouverneur a assuré que la lettre contenait les seuls chiffres qui étaient alors disponibles,  et que « avec le temps les chiffres ont évolué ».

Le document date pourtant du mois de février. A ceux qui ont perçu cet accord avec le FMI comme une nouvelle forme d’esclavagisme rappelant les fameux Plans d’Ajustement Structurels contraignants qu’impose l’institution financière à ses débiteurs, Chedly Ayari a pris la peine de dresser une analogie parlante. La dernière fois que la Tunisie a, en effet, eu recours au FMI date de l’année 1986. « On vivait alors une crise, on avait presque zéro devises, on était en rupture de paiement et le taux de croissance était négatif », s’est-il  ainsi souvenu.   « Rien à voir » donc, selon lui, avec la situation économique actuelle du pays. « Cette fois, nous  sommes allés  au FMI avec  un taux de croissance de +3%, et avec des avoirs nets en devises équivalant à 106 jours d’importations », a-t-il expliqué.

Pour ce qui est du mémorandum des politiques et financières (MPFE) joint en annexe à la lettre d’intention, le gouverneur de la Banque centrale a nié qu’il ait été imposé par le FMI. Ce serait donc la BCT et le gouvernement qui se sont fixé ces objectifs, ces actions préalables à un éventuel crédit de la part du FMI. Ces réformes  seraient d’ailleurs demandées par tout autre bailleur de fonds, qu’il soit la Banque mondiale, la BAD ou encore la Banque Islamique. « Les PAS ne sont donc plus à l’ordre du jour », a assuré Chedly Ayari. Et même l’étroitesse des échéances de ces réformes structurelles, telles que la révision du système de la subvention, l’adoption du nouveau code de l’investissement ou encore la finalisation de l’audit de la STEG et de la STIR, elle serait délibérément choisie par les Tunisiens eux-mêmes.

En définitive, tout le remous suscité par l’affaire de la lettre au FMI est, selon le gouverneur, infondé. L’affaire a en effet avancé : une délégation du bailleur de fonds sera en Tunisie lundi prochain et Chedly Ayari veillera à ce que  le projet soit déposé au conseil d’administration du FMI en mai prochain. Les quelque 2,7 milliards d’euros en jeu ne seront qu’une réserve en cas de besoin, une sorte de » matelas », a tenu à souligner le gouverneur de la BCT.

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