Israël-Palestine : l’impuissance américaine

Le second mandat du président américain Barack Obama se concentrera incontestablement sur des questions d’ordre (économique) intérieur. Les Etats-Unis n’ont pas les moyens (financiers) de leur volonté d’hyperpuissance. Certes, il ne s’agit pas forcément d’un choix d’isolationnisme. Pourtant le désengagement d’Afghanistan et le retrait adopté sur le dossier syrien attestent des limites impériales. Un autre dossier est symptomatique de cette posture : le conflit israélo-palestinien. Le choix du Proche-Orient pour le premier voyage à l’étranger (du 20 au 23 mars) d’« Obama II » ne saurait masquer l’acte de décès du processus de paix qu’est venu constaté le président américain auprès des protagonistes. Sans nulle autre ambition.

Il est loin le temps du volontarisme affiché en début de premier mandat, sur un dossier qui tenait incontestablement à cœur au président américain. L’élection et l’entrée en fonction de Barack Obama à la Maison Blanche (2008) était censée ouvrir une nouvelle page dans les représentations mutuelles. Le retrait des troupes américaines d’Irak est acté et le discours du Caire (juin 2009) rompt avec la rhétorique des néo-conservateurs  en faveur d’une politique de « main tendue » en direction du monde musulman, en général (avec la guerre en Afghanistan en toile de fond). La première partie de son premier mandat est marquée par la volonté (du président-Prix Nobel de la Paix) de relancer les négociations israélo-palestiniennes. L’échec de cette entreprise et l’incapacité à faire cesser la politique de colonisation israélienne a mis à mal la crédibilité du nouveau « contrat de confiance ». Pis, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, s’est montré à son avantage dans son rapport de force avec le président américain, en refusant de répondre favorablement à la demande du gel de la colonisation. Le chef du gouvernement israélien est allé jusqu’à s’immiscer dans la campagne présidentielle américaine, en soutenant l’adversaire républicain de Barack Obama.

Aujourd’hui, le gouvernement dispose d’un blanc-seing de fait. Du reste, il invoque régulièrement les «intérêts stratégiques» d’Israël pour justifier le lancement illégal et illégitime de projets de construction de nouveaux logements dans des colonies à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, des territoires occupés palestiniens. Il est remarquable de constater la banalisation de la violation intempestive du droit international de la part d’un Etat qui se targue rituellement d’être « la seule démocratie de la région ». Ignorant les prescriptions du droit international et les condamnations diplomatiques- y compris américaines- le gouvernement israélien fait prévaloir la logique de puissance et le rapport de forces sur la légalité internationale et l’esprit de justice. Une stratégie du court terme et contre-productive, qui dénote une défiance au droit et une indifférence pour les Palestiniens. Du reste, cette question fut pratiquement éludée lors des dernières élections législatives, comme si le mur de séparation rendait les Palestiniens définitivement invisibles.

Les sentiments d’injustice et de frustration, qui résultent de la politique américaine du deux poids- deux mesures, entretiennent une tension continue au sein du monde arabe. Les Etats Unis continuent à être perçus comme partiaux et déséquilibrés, à cause d’une relation privilégiée et un soutien inconditionnel à Israël, dont les signes ne manquent pas : il s’agit du premier destinataire de l’aide financière, civile et militaire étrangère par tête du budget américain; au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies, les Etats-Unis n’hésitent pas à user de leur veto contre toute proposition de résolutions condamnant les pratiques israéliennes dans les territoires occupés (colonisation en infractions aux conventions de Genève, opérations militaires contre les Palestiniens à Gaza ou contre des voisins arabes, comme le Liban).

Cette relation d’exception s’explique par l’influence du « lobby pro-israélien » – incarné par l’AIPAC, Americain Israeli Public Affairs Committee- et la force des liens immatériels entre deux pays attachés à la culture biblique et à la mystique des pionniers. Et surtout, Israël représente pour les Etats Unis l’allié stratégique, pour le libre accès aux gisements pétroliers de la région.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here