Elyès Fakhfakh : « La corruption est désorganisée et ses acteurs sont nombreux. Il est difficile d’imposer la loi ! »

Elyès Fakhfakh, ministre des Finances,  a été aujourd’hui l’invité d’une radio privée à l’issue de sa visite de prospection au Port de Radès (Tunis). Le ministre s’est montré à la hauteur des défis et des enjeux. Détermination et ténacité totale bien que le pays retienne son souffle et soit l’otage des contrebandiers.

Interrogé sur les motifs de sa visite au Port de Radès, le ministre a précisé que l’objectif consiste à définir le rôle de chaque intervenant et à mettre l’accent sur les principales défaillances et sur les points critiques. Il a, dans ce contexte, fait savoir que ce port assure environ 70% des échanges commerciaux de la Tunisie avec l’extérieur. Il a reconnu l’existence de défaillances au niveau de l’organisation et des mécanismes de contrôle.

« Il fallait diminuer l’intervention humaine. Près de 70% des opérations se font de manière classique et ne répondent pas aux normes internationales en la matière », a-t-il dit.

En évoquant l’introduction des réformes au niveau des compétences des ressources humaines du Port de Radès, le ministre n’a pas manqué d’insister sur le rôle de la formation des agents et la définition d’une vision claire. L’objectif, consiste, selon M. Fakhfekh, à rétablir la confiance entre toutes les parties prenantes dans le cadre de l’instauration d’un climat de confiance entre l’administration et les citoyens. Le ministre n’a pas manqué de préciser sa pensée : «  Nous sommes encore très loin. La corruption existe encore ».

Interpellé sur la flambée des prix et l’inflation, le ministre a rappelé que la maîtrise des prix à la consommation, la lutte contre le marché parallèle, le rétablissement de la sécurité, notamment le rôle de la  Douane tunisienne, et l’inflation demeurent les grandes priorités du nouveau gouvernement, voire parmi les grands défis de la prochaine étape.

Quant au fléau de la contrebande, le ministre des Finances a annoncé que tout un programme est en cours d’élaboration pour engager une série de réformes visant la modernisation des mécanismes d’intervention de la Douane tunisienne. Toutefois, il a précisé que ce processus de réformes est confronté à la forte pression que subit l’appareil sécuritaire de manière générale. « Aujourd’hui, la corruption est désorganisée. Les acteurs sont devenus multiples. Il est difficile d’imposer la loi ! », a ajouté le ministre des Finances.

Evoquant le projet de correspondance controversé à destination du FMI, le ministre a affirmé qu’il s’agit d’une fuite médiatique. « Rien n’est encore officiel », a-t-il dit, ajoutant que les résultats de 2012 sont bien meilleurs que prévu dans le projet de budget complémentaire. Et d’ajouter : « Le FMI est une grande institution. On ne peut pas lui communiquer des chiffres erronés », dit-il.  Et de renchérir : « Soyons clairs. Nous avons eu recours au FMI en raison de la conjoncture actuelle. Les négociations entamées sous le patronage du gouverneur de la BCT l’ont été dans des conditions confortables ».

Le ministre a affirmé que le projet d’emprunt auprès du FMI sera transmis au Conseil d’administration de la BCT vers fin avril prochain et qu’une deuxième délégation du FMI visitera la Tunisie le 8 avril prochain pour présenter la dernière version de la demande tunisienne. « Les réformes exigées par cette institution internationale seront bien examinées avant d’être adoptées.

La situation économique en 2013 est plus difficile que celle de 2012. La crise sociale a été fortement impactée par  la situation économique. Il ne faut pas politiser les affaires économiques. Il faut dire la vérité et avoir confiance en les institutions de l’Etat », a souligné M. Fakhfekh.

S’agissant de la Caisse de compensation, le ministre a précisé que l’intervention de cette caisse a augmenté de manière exponentielle pour atteindre environ  400 millions de dinars : « Le montant de la compensation a été, aujourd’hui, multiplié par dix par rapport à dix ans auparavant ! En 2012, le montant des subventions accordées aux hydrocarbures a atteint environ 2600 millions de dinars », a-t-il dévoilé.

La flambée des prix des hydrocarbures à l’échelle internationale et le phénomène de la contrebande des produits agroalimentaires ont largement grevé la Caisse de compensation.

« Seulement 12% des couches sociales concernées par la compensation  ont pu bénéficier des subventions ! Nous sommes responsables des équilibres macroéconomiques du pays », a-t-il déclaré, reconnaissant ainsi l’importance du rôle de l’Etat dans la maîtrise des grands équilibres budgétaires.

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