Les médias attendent-ils encore leur révolution ?

Les médias sont plus libres depuis le 14 juillet 2011. Mais es-ce suffisant ? Les signes d’essoufflement – après l’euphorie des premiers jours de la Révolution –  que nous renvoie le paysage médiatique tunisien ne sont pas encourageants.

On le sait depuis Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, écrivain, musicien, homme d’affaires et poète français du XVIIIe siècle: « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. » Cette citation est souvent utilisée pour dire qu’il ne peut y avoir de presse, qu’elle soit écrite ou audiovisuelle, sans liberté.

Mais, celle-ci est-elle  suffisante ? Car on l’oublie souvent : les médias offrent un produit industriel qu’ils  destinent à un marché et l’entreprise de presse est comme toute autre entreprise obligée d’équilibrer ses comptes, lorsqu’il ne s’agit pas pour elle de dégager des bénéfices, sinon elle est condamnée, à plus ou moins long terme, à disparaître.

Il s’agit là d’une vérité que certains promoteurs des médias finissent quelquefois par   apprendre à leurs dépens. Et le paysage médiatique tunisien ne fait certes pas exception. Il nous renvoie depuis quelque temps justement des  signes d’essoufflement,  et ce, après l’euphorie de la Révolution du 14 janvier 2011 qui n’a pas apporté, au niveau du fonctionnement  des médias, les résultats que ces derniers étaient en droit d’attendre.

Une boîte de Pandore

En effet, et  s’il est vrai que la révolution tunisienne a libéré les médias des affres de la dictature, il n’en est pas moins vrai que cette liberté a, pour ainsi dire, ouvert les yeux de tout un chacun sur les lacunes de ce paysage. Nous pouvons aller jusqu’à dire que, comme dans d’autres domaines, la révolution a permis de forcer l’ouverture d’une boîte de Pandore, qui comme celle que narrait la mythologie grecque, cachait bien des complications.

L’image est-elle exagérée ? Quoi qu’il en soit les signes que nous renvoient les médias ne sont pas encourageants. Des journaux ne cessent de disparaître. Des radios sont exposées à des difficultés financières : certaines ont une ardoise auprès de l’ONT (Office National de Télédiffusion qui émet leur signal). Sur les six chaînes TV, autorisées au printemps 2011, deux seulement ont réussi à émettre ; l’une d’entre elles a cessé toute diffusion.

Et lorsqu’on observe les contenus proposés par nos radios et télévisions, y compris celles nées avant le 14 janvier 2011, on est étonné de voir que de généralistes, la plupart d’entre elles n’ont que le nom. Elles sont quasiment des chaînes dédiées à l’information.

On y voit à longueur de prime-time des émissions de débats, des talk- shows ou au mieux des reality shows libérant toutes les passions. Et beaucoup de reprises. Rares sont donc les émissions de divertissement ou encore les documentaires et les téléfilms et autres feuilletons.

La prédominance des productions « maison »

A moins que ce ne  soit, pour l’essentiel,  des productions étrangères (égyptiennes, turques ou encore mexicaines) entre 500 et 1000 dollars (entre 788 et 1576 dinars tunisiens) de l’heure, largement amorties par leur diffuseur qui les as promenées dans nombre de chaînes arabes ; ce qui leur donne un air du déjà – vu.

A ce propos, l’ouverture du paysage audiovisuel aux opérateurs privés – une expression qui veut dire la fin du monopole de l’Etat entamée en 2003 –  a créé beaucoup d’espoir pour nombre de producteurs privés de l’audiovisuel. Il faut dire, toutefois, comme cela fut le cas avant la révolution, avec la création-disparition de l’ANPA (Agence nationale de la promotion audiovisuelle entre 1997-2007) que les producteurs  privés de l’audiovisuel (près de 400 sociétés de production)  en ont eu pour leurs frais.

Il suffit de regarder la grille des programmes des quelque quinze chaînes TV tunisiennes, quelles soient autorisées ou non, pour remarquer l’importance des productions dites « maison », celles produites par les chaînes elles-mêmes.

Des émissions réalisées par des sociétés de production « du dehors » existent, mais elles sont rares. Comment créer  dans ce cas un marché de l’audiovisuel tunisien ? Est-ce prendre la défense des maisons de production privées que de dire que celles-ci sont, dans un marché audiovisuel digne de ce nom, le véritable creuset de la production audiovisuelle ?

Les chaînes de télévision n’assurent  normalement que quelques émissions de leur grille (les news, les émissions d’information dont les débats et les émissions de service) ; le reste est acquis auprès des producteurs privés (documentaires, fictions, émissions de jeux, émissions de variétés, talk- shows…)

On devine pourquoi nos chaînes sont, en matière de production, à la fois au four et au moulin. L’explication est à trouver sans doute dans le souci des chaînes de faire des économies.

Et si l’économique est si important, il faut normalement s’en occuper. Il est même beaucoup plus qu’important. Il s’agit du nerf de la guerre.

Comment, en effet, continuer à produire des contenus avec notamment un marché aussi exigu que le nôtre, un volume d’investissement  publicitaire connu pour être le plus faible du Maghreb central, un système de diffusion qui est loin d’être conforme aux normes internationales, un marché d’où sont absentes des structures qui sont capables de l’ « encadrer » et des aides aux médias qui tardent à se mettre en place. Il est, par conséquent, faux de penser que la seule « activation » des décrets-lois n° 115 et 116 résoudrait tous nos problèmes médiatiques. Loin s’en faut !

 

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