Professeur Salah Trabelsi: incriminer la discrimination dans la prochaine constitution est une nécessité absolue.

Lors d’une manifestation intitulée Tunisie Plurielle, organisée par l’association tunisienne Adam, dans un hôtel de la capitale, pour commémorer la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, nous avons rencontré  Salah Trabelsi, historien,  professeur à l’université Lyon 2, membre du laboratoire de recherches sur le Moyen-Orient et la Méditerranée, après sa communication sur la discrimination dans l’histoire arabo-musulmane.

Incriminer toutes formes de discrimination dans la prochaine constitution tunisienne, est-ce une nécessité ?

Oui  bien sûr, c’est une nécessité absolue. Je pense qu’incriminer le racisme dans la prochaine constitution tunisienne a une valeur symbolique essentielle et également une dimension politique. Le devoir de tout Etat est de défendre les libertés fondamentales de tous ses citoyens sur le même pied d’égalité, et d’assurer à toutes les minorités les mêmes accès à l’égalité aux richesses du pays.  Le racisme existe bel est bien en Tunisie. A titre d’exemple, au sud les noirs sont appelés «  abid », mot arabe qui veut dire esclave, ce qui établit une confusion entre la couleur de leur peau et le passé historique d’esclave.  La discrimination est pernicieuse, car elle n’est pas toujours  visible.

Dans votre intervention vous avez souligné le rôle du corps enseignant dans la lutte contre la discrimination.

Tout se passe à l’école, au collège, au lycée et plus tard, peut être, à l’université. Ces établissements scolaires doivent éveiller la conscience des enfants à la problématique du racisme et de la discrimination. Le corps enseignant doit apporter l’encadrement et la pédagogie capables d’éradiquer totalement  la culture de la discrimination et un certain nombre de préjugés et d’idées reçues sur la question.

Aujourd’hui, au 21ème siècle en Tunisie, on parle encore de racisme, pourtant notre pays est connu par son esprit de tolérance et son métissage culturel depuis des millénaires.

Bien évidemment, et c’est là le paradoxe : le pays qui a été le lieu de rencontre de plusieurs populations venues de toutes parts. Notre pays est un creuset qui a  été métissé par des apports multiples. Aujourd’hui, personne ne peut prétendre qu’il n’est pas le produit de ce brassage culturel et biologique.

De nos jours, force est de constater que quelques forces veulent gommer la diversité culturelle et historique du pays ?

De toute façon, aucune idéologie n’est capable d’occulter la réalité humaine  et la trajectoire historique qu’a connue le pays. L’histoire est la plaque tournante du pays.

Que pensez-vous de l’interdiction de fonder une association qui a été faites au professeur Mohamed Talbi ?

C’est scandaleux. Mohamed Talbi est un monument que le pays se doit d’honorer et d’écouter. Ce penseur tunisien incarne la voix de la sagesse, de la lucidité et de la pensée libre. Il assume son islamité, son arabité et son identité tunisienne sans complexe, avec une ouverture sur le monde et sur l’universel. De même, il donne une approche moderne et décomplexée sur les fondements de l’Islam en tant que religion,  mais aussi en tant que civilisation.

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