L’opération « Liberté pour l’Irak » : 10 ans après

Déclenchée le 19 mars 2003, l’agression de l’Irak par une coalition anglo-américaine représente un évènement marquant de ce début de XXIe siècle. Outre la violation du droit international par la première puissance mondiale, cette guerre a revêtu une dimension symbolique et idéologique particulièrement prégnante. La realpolitik qui ordonne en principe le jeu des relations internationales ne réussit pas à expliquer une action qui relevait plus du fantasme du « choc des civilisations » que d’une simple logique d’intérêt. C’est pourquoi, malgré la tentation de l’oubli, il convient de tirer un bilan tant matériel qu’immatériel d’une intervention anglo-américaine qui a changé le destin d’un pays et bouleversé une région.

L’invasion fut justifiée par une campagne de propagande et une série de mensonges éhontés : détention d’armes de destruction massive par le régime irakien, liens entre le dictateur Saddam Hussein et Al Qaïda, achat au Niger d’uranium yellowcake par Bagdad, etc. Dans un climat de psychose post-traumatique ou post-11 septembre, une construction intellectuelle particulièrement sournoise va défendre une équation politique primitive : la démocratie par la force, la démocratie par l’ingérence. En ce sens, la force d’attraction des gisements pétroliers irakiens ne saurait masquer la nature foncièrement idéologique de cette guerre. L’agression anglo-américaine traduisait l’emprise des néoconservateurs sur l’administration Bush-Cheney et l’adhésion de Tony Blair à leurs préceptes. Le président américain comme le premier ministre britannique avaient foi dans une aventure motivée par un sentiment vengeur et une rhétorique manichéenne du « Bien contre le mal ». Une idéologie aussi simpliste que dangereuse, qui reposait sur la loi du plus fort, où la « démocratie » est un vulgaire produit de consommation courante destiné à être exporté sur le marché politique irakien avant d’être diffusé sur l’ensemble du « Grand (marché du) Moyen-Orient »…

Dix ans après, le nom de l’intervention anglo-américaine « Liberté pour l’Irak » – sonne toujours aussi faux. Si le bilan des victimes irakiennes (militaires et civiles) demeure difficile à établir avec exactitude, les chiffres produits donnent une idée du désastre causé par une guerre qui a duré plus de huit ans et dont les effets déstructurant continuent de peser sur un pays au bord de l’implosion. En 2006, une étude réalisée par des chercheurs de l’Université Johns Hopkins et publiée dans le Journal médical The Lancet avançait le chiffre de 600 000 morts. En 2007, la firme de sondages britannique Opinion Research Business (ORB) actualisait cette étude en estimant à 1 220 580 le nombre de victimes irakiennes. Selon les fourchettes les plus basses présentées par un rapport du Eisenhower Study Group de Brown University, la guerre a coûté la vie à 250 000 civils Irakiens, un million de blessés, deux millions de réfugiés, et notamment le départ de plus des 3/5e des chrétiens irakiens qui vivaient en Irak depuis 2000 ans. Derrière ces chiffres, il y a des vies brisées, anéanties. Une précision qui va de soi, mais qui s’impose néanmoins au regard du silence qui continue de peser sur cette tragédie.

Le retrait des troupes américaines fin 2011 a laissé un Etat fragilisé et une société meurtrie, toujours en proie à l’insécurité. Une société dont la double fracture ethnique et confessionnelle a contaminé le système politique et institutionnel, exacerbant les tensions entre sunnites et chiites et entre Arabes et Kurdes. Le risque d’éclatement et de « balkanisation » est renforcé par la donne pétrolière. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, l’Irak pourrait devenir l’un des premiers producteurs mondiaux de pétrole d’ici 2020 grâce aux 143 milliards de barils de réserve d’un pétrole de grande qualité dont regorgerait son sol. Ce paradoxe illustre la situation actuelle de l’Irak, celle d’un Etat potentiellement puissant et prospère, mais dont l’unité relève plus de la fiction que de la réalité. Derrière la façade de l’« Eldorado du libre-échange », l’Irak est confronté à l’insoluble répartition du pouvoir politique et financier entre les différentes composantes ethniques et religieuses du pays. Une équation impossible pour un appareil d’Etat à peine viable, un pouvoir guetté par la tentation autoritaire et gangréné par la corruption.

Ruse de l’histoire, cette guerre justifiée par la lutte contre le terrorisme a fait naître un nouveau foyer du terrorisme international. Absent jusqu’alors, Al Qaïda est devenue un acteur de la tragédie de la guerre civile irakienne. De plus, d’un point de vue stratégique, le nouvel ordre politique irakien a renforcé la montée en puissance et les ambitions régionales de l’Iran chiite- incarnation de « l’Axe du mal »- alors que l’intervention devait les neutraliser… En cela, cette guerre marque un tournant pour l’hyper-puissance américaine. Un statut affecté par un bilan particulièrement parlant pour le peuple américain : près de 5000 soldats US ont perdu la vie et 3700 milliards de dollars ont été dépensés pour une guerre menée à crédit, au prix d’une explosion de la dette et d’un affaiblissement de l’économie américaine.

Pourtant, le coût réel et essentiel- de cette expédition d’un autre temps- est peut-être d’ordre immatériel. Le débat public et politique qui a accompagné la crise, puis la guerre, fut marqué par une véritable faillite morale d’une partie des élites américaines et européennes. L’alignement de la presse américaine sur le discours et l’argumentaire belliqueux de la Maison Blanche a affecté sa réputation d’indépendance. Une faillite morale symbolisée par les images d’humiliation et d’atteinte à la dignité humaine d’Irakiens soumis à la loi du plus fort qui s’est notamment traduite par une torture institutionnalisée.

En dépit de ce bilan accablant, le mea culpa n’est pas à l’ordre du jour pour la plupart des va-t-en-guerre de l’époque. Depuis, certains ont même été nommés ministre des Affaires étrangères (Bernard Kouchner,  en France) ou directeur de la Banque mondiale (Paul Wolfowtiz). Parmi les « intellectuels » qui avaient soutenu l’intervention, la célébration légitime de la chute de Saddam Hussein s’est transformée en argument d’autorité écartant tout débat critique. Aujourd’hui, ils sont confortablement établis et terrés dans un silence cynique, loin de la tragédie irakienne.

 

2 Commentaires

  1. plus de 4000 soldas américains sont décéder dans divers opération en Irak. Plusieurs millier de personnes on perdu un n’ami(e), un frère/sœur, un mari, une femme, un fils, on n’oncle/tente, et leurs père/mère la pire chose qui ^peu arriver a une n’enfant ou même a un adolescent(e). Le jeune homme sur la photo au tout début est peut-être afficher sur le mur des perte en Irak. SVP ne nous refaite pas tomber dans les douloureux souvenirs du début de la guerre de l’Irak en parlent du 10em anniversaire de l’opérations « Liberté pour l’Irak ».

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