Bochra Belhaj Hmida: «Les acquis de la femme tunisienne ont été concrétisés depuis 1956 jusqu’au 24 octobre 2011»

Bochra Belhaj Hmida, avocate, membre du Bureau exécutif du mouvement Nidaa Tounes et ancienne présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (1995 – 2001), a été l’invitée de l’Economiste Maghrébin qui l’a interrogée sur les acquis de l’indépendance de la Tunisie. Nous avons choisi pour vous quelques extraits de l’interview, qui sera intégralement publiée dans la prochaine livraison (n° 601) de notre magazine.

Que représente pour vous le 20 mars 1956 ?

Je n’ai pas vécu l’indépendance, mais j’ai vécu ses acquis. D’ailleurs, le prénom de «Bochra » que mes parents m’ont donné signifie un signe de joie, en ces temps d’exaltation nationale.

A l’ère de l’indépendance, j’ai profité de l’enseignement gratuit et du statut privilégié de femme dans le monde arabe. J’ai vécu dans une famille qui m’a enraciné les valeurs du patriotisme. J’étais, en fait, fière d’appartenir à ce pays, de naître dans une République indépendante et fière aussi de ses artisans.

Nous avons évolué avec l’indépendance qui nous a enseigné les valeurs de justice, d’égalité, de liberté, de dignité… et dont je ne me suis jamais détachée. Je dirai que j’ai vraiment  eu une chance extraordinaire par rapport aux générations de femmes qui m’ont précédée, qui ont désiré être des femmes indépendantes mais qui ont été empêchées de réaliser leur rêve au nom de valeurs injustes. Pour mes parents, c’était un défi  de voir leurs filles aller à l’école et  faire des études supérieures, parce que pour eux, le Coran a commencé par le terme magique «Iqra» (lis).

De quels acquis de la femme peut-on parler dans la période post-indépendance?

Je pense que les acquis de la femme ont été concrétisés de 1956 jusqu’au 24 octobre 2011.

Dès l’indépendance et grâce surtout au Code du statut personnel, les femmes ont accumulé des acquis qui n’ont fait que renforcer leur autonomie, leur humanité, leur droit à la dignité, etc. S’il est vrai que les pouvoirs politiques ont essayé d’instrumentaliser ces droits, les femmes tunisiennes ont su s’imposer comme une force revendicatrice et engager une image qui diffère de celle que l’on veut donner des femmes arabo-musulmanes.

La révolution et l’après révolution, c’est aussi la femme tunisienne, à la pointe de tous les combats pour une Tunisie plus moderne, plus égalitaire et plus ouverte sur les valeurs universelles, sans renier pour autant sa culture et son histoire. Mais cette dynamique entre le vécu des femmes et l’évolution de cette force qui a résulté de l’exercice quotidien des acquis de la première République est aujourd’hui remis en cause. Ils sont attaqués en profondeur dans ce qu’ils portent comme valeurs humaines, de justice et d’égalité.

Pourtant, un regard jeté sur le monde suffit pour remarquer que plus les femmes gagnent en droits, plus elles gagnent en justice sociale. Et c’est le cas des femmes tunisiennes, malgré tout.

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