20 mars

Le 20 mars 1956, la Tunisie accédait à l’indépendance, à l’issue d’un difficile et long combat qui fit de nombreuses victimes. Elle recouvra, au prix du sang, sa liberté et conquit sa souveraineté. Elle a triomphé, au nom des idéaux de droit, de liberté et de démocratie, de l’occupation française et de toute forme de colonisation. La longue nuit coloniale, faite d’humiliation, de déni de droit et de souveraineté, prit fin dans le fracas des luttes de libération nationale.

Une nouvelle aube commençait pour un pays qui ouvrit, à sa manière, en Afrique et ailleurs, le bal des indépendances nationales. La Tunisie marqua de son empreinte l’élan de liberté et d’émancipation qui s’est emparé des peuples opprimés, rabaissés à une citoyenneté de seconde zone. Elle le fit avec beaucoup d’efficacité, dès lors qu’elle avait engagé le combat sur tous les fronts politique, diplomatique social, sans oublier le harcèlement exercé par la résistance armée pour faire douter d’elles-mêmes les forces d’occupation.

Ce fut un combat de tout un peuple uni, rassemblé autour d’un seul mot d’ordre: bouter l’occupant hors de nos terres. Un sentiment national est né de cette ambition et de cette volonté commune pour en finir avec ce que le colonialisme, fût-ce sous sa forme tempérée, avait de plus funeste, de plus abominable. Cette présence étrangère subie et non voulue a si peu contribué à l’alphabétisation, à l’émancipation et à la santé des individus, au développement du pays, en dépit de ses richesses agricoles et minières confisquées par les occupants et transférées hors de nos frontières !

Sortir des ténèbres pour voir la lumière du jour aura nécessité un combat de plus de deux décennies. Extraire le pays des griffes de la domination étrangère comportait son lot de désolation, de drames humains et sociaux, de vies brisées et de souffrances. Seul cri de ralliement au lendemain de l’indépendance : plus jamais cela.

On sait tout sur les raisons de la décrépitude, de la désintégration et du déclin du pays, de ses déconvenues et scandales financiers qui ont fait le lit du Protectorat et de sa mise sous tutelle. L’incurie de la monarchie a préparé le terrain et ouvert la voie, en étalant son impuissance et sa faillite financière. Les créanciers aux instincts belliqueux n’en espéraient pas tant pour se faire justice eux-mêmes. Ils ont mis le pays en coupe réglée et l’ont saigné à blanc soixante-quinze ans durant.

Moralité : un pays qui laisse déraper ses finances, qui ne maîtrise plus son endettement, se met à la merci de ses créanciers et s’expose aux pires sentences. Il n’a plus voix au chapitre, s’aliène et perd de son autonomie  et de son indépendance. Hier, les puissances coloniales s’en chargeaient et s’arrogeaient le droit d’ingérence et d’occupation. Aujourd’hui, il serait illusoire de croire que l’étau se soit desserré. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. On est toujours en présence du même diktat. Les principales institutions financières internationales, le  FMI en tête, ont pris le relais.

Malheur au pays emporté par la tourmente financière et la spirale infernale de l’endettement, livré de surcroît à lui-même ! On sait ce qu’il advient lorsqu’il tombe sous les fourches Caudines du FMI : programme d’ajustement structurel, vérité des prix, dévaluations, chute des salaires réel, rigueur excessive et austérité insoutenable, au risque de tuer le malade en voulant soigner la maladie.

De quoi laminer la classe moyenne et envoyer dans le fond ceux et celles qui vivaient à la lisière de la pauvreté. Seul moyen utilisé jusque-là – bien qu’il n’ait jamais fait ses preuves –  pour renflouer les caisses d’un Etat exsangue, au prix d’une paupérisation explosive qui laissera de graves séquelles. Mais qu’on ne s’y trompe guère : les turpitudes et faillites des nations ne sont que la manifestation extérieure, le reflet d’une débâcle, d’un désastre et d’un déclin économiques annoncés. Il est rare qu’une économie périclite ou qu’un pays implose sans que cela ne soit provoqué par la violence, l’insécurité, l’instabilité, l’indiscipline, le désordre et le chaos, qui finiront par se répandre et s’institutionnaliser.

Le danger n’arrive jamais de l’extérieur, si le front intérieur est uni et soudé. La menace naît toujours de l’intérieur quand la misère explose, les solidarités disparaissent, la cohésion sociale se fissure, le pays se divise et se livre à un affrontement idéologique sans fin. L’invulnérabilité du pays  ne résistera pas à un tel désordre. Aucune nation ne peut s’assurer la maîtrise de son destin, si elle venait à perdre ses points d’équilibre politique, économique, financier, culturel, si elle n’est plus en capacité de redresser ses fondamentaux menacés de désagrégation.

L’indépendance des nations est une idée toujours neuve, elle n’est jamais définitivement acquise. C’est un combat de tous les instants, qui se gagne sur le front de la production, de l’innovation, de la connaissance, de la compétitivité des entreprises, de l’éducation et de l’émancipation des femmes, dont on sait qu’elles sont l’avenir de l’homme.

Le 20 mars 1956 portait cette formidable promesse. En 57 ans, tout n’a pas été fait, mais l’essentiel a été réalisé. Qu’il faut préserver. Et enrichir par de nouvelles conquêtes de liberté, de justice et de démocratie. Les mêmes valeurs portées par la révolution de décembre-janvier 2011.

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