Mustapha Kamel Nabli plaide pour un débat national sur les priorités économiques du pays

Mustapha Kamel Nabli l’ancien gouverneur de la BCT a tiré la sonnette d’alarme : seuls la stabilité politique et le rétablissement de la sécurité sauveront l’économie nationale. Invité de l’Association des économistes tunisiens, l’économiste a plaidé jeudi dernier, devant un auditoire attentif, pour un débat national sur les priorités économiques du pays.  C’est que pour lui, le politique et l’économique sont indissociables et que, « dorénavant, ils doivent être imbriqués ». Il serait même profitable d’assimiler et de vulgariser le concept de la sécurité économique, car, tout comme les menaces sécuritaires ou le terrorisme, les périls économiques pourraient bien menacer l’intégrité d’un pays comme le notre.

Parti des chiffres et statistiques de l’INS, M Nabli a dressé un bilan négatif de la transition. Avec 14% de PIB perdus en deux ans, il a en effet estimé que « le coût économique de la transition a été extrêmement élevé. » Des pans entiers de l’économie ont été sinistrés, tels  les secteurs de l’industrie des phosphates et des mines, le transport et le tourisme, le pétrole qui contribuent, à eux seuls, à 19% du PIB. En 2011, ces secteurs ont chuté de 17,3% pour reprendre un peu du poil de la bête en 2012, avec 5,5% de croissance.

Ce qui aurait, selon M Nabli, minimisé les dégâts durant les deux dernières années, c’est la croissance de la consommation publique et privée qui a cru de 3,6% en 2011. Cette augmentation de la demande de consommation serait, d’ailleurs,  à l’origine de l’inflation, la demande ayant en effet excédé l’offre. Et c’est là, selon l’ancien gouverneur de la BCT,  l’une des limites du plan de relance par  la demande. Relancer l’augmentation de la consommation ne peut caler l’économie que sur un court terme. Une relance soutenue, à moyen et à long terme, nécessiterait plutôt l’augmentation des investissements, ceux des hommes d’affaires tunisiens, mais surtout ceux en provenance de l’étranger.

En 2012, certes les  IDE ont atteint 2.996 millions de dinars, contre 1.616 million de dinars réalisés en 2011, « mais la somme encaissée est due en grande partie aux bien confisqués », a tenu à souligner M Nabli. L’économiste a de ce fait mis en garde contre la manipulation des chiffres. «  L’utilisation par les politiciens des chiffres m’agace, les chiffres doivent être appréciés à leur juste valeur » a-t-il avoué, s’appuyant sur les chiffres « troublants » de l’Emploi annoncés par le gouvernement. Des 85.000 emplois créés en 2012 et médiatisés par le gouvernement et ses sympathisants comme un exploit, environ la moitié a été assurée par des emplois dans le secteur informel, secteur souvent précaire et temporaire.

Mustapha Kamel Nabli a également appelé l’INS à « faire plus d’efforts, en termes d’explication de ses chiffres ». « Les chiffres, on peut leur faire dire ce qu’on veut » a-t-il conclu.

 

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