Pour un système de subvention directe qui profite aux plus pauvres

Les quelque 1,6 millions de pauvres tunisiens ne bénéficient que de 9,2% des subventions publiques. Partis de ce constat, les statisticiens et experts de l’INS ont collaboré avec les experts du CRES et de la BAD pour mener une étude sur le système des subventions.  « Quelle serait l’impact d’une nouvelle redistribution des subventions alimentaires sur la population pauvre ?», telle était donc la principale question soulevée par l’étude, à laquelle  Jaleleddine Ben Rejeb, directeur général de l’INS, a essayé, ce matin, de donner quelques éléments de réponse.

Il a été d’abord question d’évaluer le système actuel de subventions alimentaires. Celles-ci ont atteint 1.150 millions de dinars soit plus de 6% des dépenses publiques en 2011. En plus de son poids sur le budget de l’Etat, cette somme est mal répartie entre les différentes catégories sociales. Déjà, 22,8% de l’argent est transféré hors ménages, notamment dans le secteur de la restauration et le commerce illégal transfrontalier, les cafés. Des 888 millions de dinars restants, seulement 107 millions de dinars ont profité aux ménages les plus pauvres. Les citoyens de la classe moyenne bénéficient, quant à eux, de 60,5% de la subvention alimentaire destinée aux ménages.

Le système actuel de la répartition de la subvention est ainsi inéquitable et inefficace, mais s’il avait une faveur, ce serait le soutien de la classe moyenne. En cas de suppression des subventions, environ 400.000 personnes basculeraient dans la pauvreté. Sans la subvention, le taux de pauvreté aurait ainsi dépassé la barre de 19%. Quant au taux de pauvreté extrême, il aurait grimpé dans les zones rurales de 9,2% (taux actuel) à 12,3%.

Mais en plus des simulations axées sur une éventuelle suppression des subventions, les actuaires et statisticiens rédacteurs de l’étude ont procédé à des comparaisons entre le ciblage universel et le ciblage direct de la subvention. Tandis que le mode universel actuel de la subvention est associé à un taux de pauvreté de 15,5%, le ciblage direct réduirait de 0,3% ce taux de pauvreté.

Pour cibler efficacement les plus pauvres et leur faire bénéficier de l’appui de l’Etat, l’étude a examiné la répartition de la subvention entre les différents produits alimentaires basiques dans les ménages. La subvention du gros pain, de la semoule et de l’huile végétale, qui sont plus consommés par les pauvres, contribue en effet à une baisse de 2,5% du taux de pauvreté. D’autres produits subventionnés, comme la baguette et la farine, sont plus consommés dans les ménages aisés et ne contribuent pratiquement pas à l’éradication de la pauvreté.

« Si une réforme s’impose, il faudrait qu’elle aille dans le sens de l’instauration d’un système de subventions directes », conclut l’étude. Un système qui cible les plus pauvres en subventionnant les aliments qu’ils consomment le plus.

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