Des promesses et des intentions

Crédit photo : tunisie14.tn

« Une déclaration d’intention sans engagement, ni mécanismes juridiques  et encore moins de moyens financiers  à la mesure des ambitions » : telle est l’impression dominante qui se dégage  du discours à l’Assemblée nationale constituante (ANC)  de M. Ali Laârayedh devant un parterre clairsemé de députés. Discours au cours duquel il a présenté les priorités de son gouvernement qui ne semble pas faire l’unanimité et pour cause.

Parmi les griefs de certains députés,  on cite le faible taux de rénovation. En ce sens que sur les 37 ministres et secrétaires d’Etat, 22 ont fait partie de l’ancien cabinet de Hamadi Jebali qui a reconnu l’échec de son gouvernement. Or partant du principe de causalité, les mêmes causes de cet échec vont donner les mêmes effets. Et l’exemple type avancé est celui de l’ancien ministre du Travail qui a été chargé du Commerce et de l’Artisanat malgré tout. S’agissant de la neutralité des ministres de souveraineté, on en doute quelque peu en attendant de voir les choses de plus près, sur le terrain, dans le comportement au quotidien aussi bien des nouveaux venus d’ailleurs que des anciens. « Ce que nous voulons ce sont des ministres de tous les Tunisiens et non pas d’un parti déterminé », clament haut et fort des députés qui citent l’exemple du ministère des Affaires religieuses dont le rôle est d’empêcher toute instrumentalisation des mosquées au profit du principal parti au pouvoir.

Les priorités du nouveau gouvernement, qui ne trouvera pas en principe d’obstacles majeurs à son investiture, consistent à clarifier la vision politique et à organiser les prochaines élections dans les conditions les meilleures, à rétablir la sécurité et lutter contre le crime et la violence, à développer l’économie, promouvoir l’emploi, impulser le processus de développement régional et lutter contre la cherté de la vie et enfin, poursuivre le processus de réforme, lutter contre la corruption, entamer d’éventuelles poursuites en justice et le cas échéant, appliquer l’amnistie générale. Tout « un programme électoral » digne d’une campagne qui a déjà commencé, estiment des députés.

Certes ces priorités sont celles de tous les Tunisiens, mais on ne nous dit pas comment va-t-on faire pour les réaliser, ni quand espère-t-on leur concrétisation. En effet, M. Jebali avait les mêmes ambitieux et plus de temps et n’a pas réussi à les atteindre, que dire alors d’un gouvernement qui n’aura ni les mêmes conditions, ni les mêmes moyens et encore moins de temps ?

Pour ce qui est de l’objectif politique, il est vrai qu’il dépend en grande partie de l’ANC et il nous semble, pour faire concis, qu’il est utopique d’avancer des dates à la va –vite, notamment en ce qui concerne les élections alors que l’on n’a même pas une idée sur le début des discussions sur le mode de scrutin à adopter !!! Et c’est pourquoi, le calendrier proposé en ce sens par le président de l’ANC lundi dernier a été fort contesté.

Sur le plan économique, M. Laârayedh ne nous dit pas également comment il va créer des richesses et des emplois : tenez- vous bien, 90 000 emplois en 8 mois !!!, notamment dans les régions intérieures défavorisées. Avec un budget hérité de l’ancien gouvernement et qui reste encore à boucler, avec un déficit donc budgétaire, commercial, de production, de sécurité, d’investissement….

Ce qu’il faudrait ce sont plutôt des mesures d’urgence pour les situations d’urgence et des réformes à moyen et long termes à engager le plus tôt possible pour baliser le chemin de la relance, de la reprise et donner espoir et courage aux citoyens et surtout aux entrepreneurs et autres investisseurs. Du concret, des objectifs réalisables et des moyens pour le faire, voilà ce que demandent les Tunisiens. Or il semble que comme auparavant, les négociations qui ont précédé la formation de ce gouvernement de la Troïka bis auraient plus porté sur les postes à pourvoir que sur un plan d’action à même d’abord de soulager un tant soit peu le lourd fardeau qui pèse sur le commun des mortels et qui est celui de la cherté de la vie et ensuite de stabiliser la situation politique et sécuritaire, condition sine qua non d’une relance de l’investissement.

Des promesses il y en a eu dans le discours du nouveau chef du gouvernement, mais ce qu’il fallait, ce qu’il faut, ce sont des actions concrètes, une volonté et une ferme détermination entre autres à mettre fin à toutes les formes de violence politique. Suspendre, par  décision judiciaire, les activités des Ligues de protection de la révolution (LPR) pour un mois pour non -respect de la loi sur les associations, n’est pas à ce propos un signe fort rassurant.

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