Démocratie italienne et marchés européens: le choc

Décidément, la démocratie et les marchés financiers ne parlent pas- forcément- le même langage. Ils ne partagent pas le même logiciel. L’exemple italien vient à nouveau de le confirmer… La puissance du vote protestataire et le retour en grâce de Silvio Berlusconi mettent à mal la politique d’austérité lancée par Mario Monti. Un camouflet pour le président du Conseil sortant, grand perdant du scrutin, dont l’alliance centriste n’arrive qu’en quatrième position (avec tout juste 10% dans les deux chambres), loin derrière le Mouvement 5 Etoiles du populiste Beppe Grillo, qui a axé sa campagne sur la dénonciation des « élites » pro-européennes et d’une classe politique « corrompue ».

L’absence de majorité renvoie l’image d’un pays ingouvernable. Dès lors, ces résultats menacent le pays d’une impasse politique, aucune alliance ne semblant assez forte pour former un gouvernement stable. Aucun des deux blocs partisans ne s’impose clairement à la Chambre des députés et au Sénat. Une équation politique à plusieurs inconnues qui pourraient aboutir à une déstabilisation économique et financière de la troisième économie d’une zone euro déjà confrontée à la crise de la dette, au chômage et à la récession.

Par un effet domino, c’est toute la zone euro qui risque d’être affectée au moment même où la perspective d’une sortie de crise s’annonçait… La politique/démocratie est cruelle! De fait, les actions européennes sont en forte baisse. Les taux obligataires des pays périphériques de la zone euro et notamment les taux italiens sont en hausse.

Le peuple a souverainement rejeté la politique de rigueur assumée et incarnée par l’ancien commissaire européen et président du Conseil italien Mario Monti. Ce dernier était pourtant glorifié par la presse économique et les instances financières (publiques et privées) européennes et internationales. Preuve aussi du fossé qui s’est creusé entre une élite mondialisée et un peuple aux prises avec le coût de la globalisation. Faisant fi des conséquences économiques et financières de ce geste de liberté- et d’irresponsabilité disent les analystes des grandes places boursières européennes- le peuple italien lance une sonnette d’alarme démocratique: la rigueur ne saurait constituer une réponse générale et absolue. Un peuple qui a déjà consenti de réels efforts (très fortes augmentations d’impôts et des réductions des dépenses) qui ont permis un redressement des finances publiques italiennes.

La Commission européenne a assuré avoir entendu le « message d’inquiétude » envoyé par les citoyens italiens tout en demandant à Rome « d’honorer ses engagements » budgétaires et de réformes. Ce dialogue de sourds n’est pas sans rappeler celui, bien entamé, entre Bruxelles et le peuple grec via Berlin et la Chancelière Merkel…

L’Italie est une république parlementaire: Si aucune alliance n’était trouvée, le président Giorgio Napolitano pourrait décider la formation d’un nouveau gouvernement technique qui se contenterait de réformer le système électoral, avant un rapide retour aux urnes. L’actuel mode de scrutin allie complexité et inefficacité puisqu’il ne permet pas de dégager une majorité politique claire et (donc) stable. Un mode de scrutin de liste qui résulte de la réforme électorale de 2005 (initié alors par Silvio Berlusconi). Si les deux chambres ont exactement le même poids dans la vie politique (système de bicaméralisme parfait), elles ne sont pas régies par les mêmes règles électorales. À la Chambre basse, le parti ou la coalition politique qui remporte ne serait-ce qu’une voix de plus que les autres à l’échelle nationale obtient automatiquement la majorité absolue de la Chambre basse, 340 sièges, quel que soit le pourcentage de votes obtenus. Au Sénat, la situation est plus compliquée: la prime à la majorité est attribuée au niveau de chacune des 20 régions, rendant très difficile toute prévision sur la composition finale de la Chambre haute (le Sénat). Le nombre de sénateurs élus par chaque région dépend du nombre d’habitants et va de l’unique sénateur attribué au Val d’Aoste, en passant par les deux sénateurs du Molise, les 22 du Piémont et jusqu’aux 47 de la Lombardie.

Toutefois, l’enjeu ne relève pas de la simple ingénierie électorale. En économie, c’est le marché qui a le dernier mot, tandis qu’en démocratie cette prérogative revient encore au peuple souverain. Jusqu’où, jusqu’à quand?

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