Moncef Matoussi “L’augmentation des prix des produits pétroliers est un moyen de pression pour rationaliser la consommation et réduire le déficit de la balance énergétique”

Dans une interview accordée au magazine l’Economiste maghrébin, Moncef Matoussi, Pdg de la Société nationale  de distribution des pétroles AGIL est revenu sur les maux qui minent le secteur. Commerce informel, problèmes de marges…et bien d’autres auxquels il faut trouver des solutions. Interview. (Voir l’intégralité de l’interview sur la version papier du magazine, actuellement dans les kiosques)

La grève des transporteurs, une situation qui a provoqué un vent de panique dans le pays. Pourquoi cette grève et quelles en sont les  conséquences ?

Cette grève ne concerne pas les sociétés de distribution, ni les stations de service, elle a été décidée par le syndicat des employés des sociétés de transport privé, suite à un préavis de grève de deux jours pour le 28 et 29 janvier 2013. Cette grève a touché toutes les sociétés de distribution (y compris la SNDP-AGIL) qui agissent dans le cadre de contrats de transport  avec  ces sociétés de transport  pour assurer la distribution des produits pétroliers sur tout le territoire tunisien.

L’effet de ce genre de grève est immédiat sur tous les secteurs d’activité quotidienne du citoyen tunisien.

L’expérience vécue fin janvier 2013 a été un vrai signal d’alarme et ça aurait pu être une catastrophe pour tout le pays.

La SNDP-AGIL, et certainement toutes les sociétés de distribution, ont  réussi à prendre les précautions nécessaires pour faire le plein de toutes les stations de service et atténuer, par conséquent, l’effet de cette grève et éviter les perturbations.

Mais malgré ces précautions, il y a eu dans le pays un vent de panique, qui a créé une situation très difficile dans les stations-service. Tout le monde voulait faire le plein.

Cette grève aurait pu être plus longue…

Il y a lieu de préciser que la consommation du pays en carburant est d’environ 10 millions de litres par jour dont 8,3 millions de litres de gasoil, super sans plomb et pétrole lampant. Sur ces 8.3 millions de litres, 6,5 millions de litres sont distribués grâce à un réseau composé de 850 stations-service, toutes marques confondues (AGIL, Libya Oil,  TOTAL, VIVO Energy et STAR OIL). Le reste est destiné à des compagnies nationales de transport (sociétés régionales de transport, SNT, administrations, ports,…).

Ainsi, et compte tenu de l’ampleur et de l’importance de cette activité, une grève qui dépasse trois jours est une vraie catastrophe ; elle aurait totalement paralysé le pays. Ces conséquences touchent tous les domaines d’activités. En effet, et à titre d’exemple, il serait difficile de couvrir les besoins des citoyens  en bouteilles de gaz estimées à 120000 bouteilles de 13 kg/jour et distribuées à travers une flotte de 250 camions.

J’estime que toutes les parties prenantes doivent se mettre autour d’une table de négociations pour aboutir à une solution satisfaisante pour l’ensemble des parties en  prenant en considération  l’intérêt national.

 Toutes les sociétés se plaignent de la prolifération du commerce informel qui a contaminé le secteur. A combien peut-on l’estimer ? Quels en sont les effets sur votre activité, sur l’emploi et sur la sécurité des automobilistes ?

On ne peut pas quantifier l’effet du commerce parallèle sur notre activité. Il varie d’une zone à l’autre, mais ce que l’on peut affirmer, c’est qu’il a atteint la cote d’alerte au point qu’il met en danger les secteurs structurés. A titre d’exemple, certaines stations ont déjà déclaré faillite et d’autres ont vu leur chiffre d’affaires régresser de plus de 50% !

En Tunisie, la problématique de la contrebande des hydrocarbures n’est pas nouvelle. Elle date de 1995 lorsque le différentiel des prix des hydrocarbures entre l’Algérie, la Libye et la Tunisie avait commencé à grimper. A l’époque, l’administration en place n’avait pas pris des mesures  suffisantes pour faire face à ce fléau.

Le phénomène a pris depuis de plus en plus d’ampleur, notamment depuis l’année 2005 lorsque l’Administration a procédé à des ajustements de prix, à plusieurs reprises et à de courtes périodes, suite aux augmentations du prix du baril de pétrole à l’échelle internationale. On avait assisté à trois ajustements au cours de la même année.

A cette époque, l’Administration n’avait toujours pas pris les mesures qu’il fallait pour lutter contre ce phénomène qui s’est propagé à une large échelle après la révolution, atteignant même le Grand Tunis.

En février 2012, les distributeurs pétroliers se sont réunis à plusieurs reprises avec le ministère des Finances. Des mesures draconiennes ont été adoptées par la Commission nationale de maitrise des prix pour faire face à ce fléau et sauver environ 20 000 postes d’emploi.

Une campagne de sensibilisation a par ailleurs été menée à travers la télévision et la radio pour sensibiliser les consommateurs quant aux dangers de ce phénomène. Je pense qu’il faut assurer un meilleur contrôle des frontières avec les pays limitrophes, avec des moyens plus efficaces.

On parle d’une augmentation imminente des prix à la pompe. Comment pensez-vous qu’elle sera perçue par les usagers de l’automobile ?

Notre pays est importateur net de produits pétroliers et l’impératif de rationalisation de la consommation de toutes formes d’énergie est devenu un devoir national. C’est toute une culture que nous devons apprendre aux générations futures.  L’augmentation des prix constitue, entre autres,   un moyen de pression  pour rationaliser  cette consommation  d’énergie et pour réduire le déficit de la balance énergétique.

 Il semble également que le secteur a des problèmes de marges qui seraient réduites. Qu’en est-il au juste ?

La marge octroyée aux sociétés de distribution est à revoir, car elle est de loin la plus faible dans le domaine de distribution.

Les opérateurs du secteur éprouvent des difficultés réelles pour investir, au regard de marges réduites à leur plus simple expression notamment dans l’activité GPL.

La subvention en matière de GPL est très élevée. La rémunération stockage-sécurité est restée au niveau de 1980.

La marge accordée aux gérants est faible, elle ne leur permet pas de s’engager dans des investissements considérables.

En 2011, le chiffre d’affaires de la SNDP s’est élevé à environ 1300 millions de dinars. La marge brute était de l’ordre de 100 millions de dinars et les bénéfices nets de la société n’ont pas dépassé les 12 millions de dinars pour la même année. C’est la marge la plus faible de tous les opérateurs du marché de la distribution  en Tunisie, pour des niveaux de productivité tout à fait comparables.

En 2011, le gouvernement a signé un accord pour le lancement d’un programme de mise à jour de la marge dans le but de permettre aux sociétés de distribution et aux stations-service d’améliorer la qualité de leurs prestations et d’engager les investissements nécessaires. Un autre volet a impacté les bénéfices de la société : l’augmentation des charges sociales et l’intégration de 250 nouvelles recrues.

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