Nouveau rapport de Crisis Group – Tunisie: violences et défi salafiste

L’organisation non gouvernementale International Crisis Group a publié, hier  13 février 2013, son dernier rapport sur la Tunisie, suite à l’assassinat du militant Chokri Belaïd. Un rapport intitulé « Tunisie: violences et défi salafiste ».

« L’assassinat de Chokri Belaïd, figure de l’opposition, a plongé la Tunisie dans la crise la plus grave depuis la chute du président Ben Ali en janvier 2011. Bien que les coupables et leurs mobiles n’aient pas encore été identifiés, les soupçons ont rapidement pesé sur des individus proches de la mouvance salafiste. Fondées ou non, ces suspicions ont une fois de plus projeté ce courant sur le devant de la scène. Nombre de non-islamistes sont convaincus du danger qu’ils incarnent. Pire, certains estiment souvent que, nonobstant leur différends, salafistes et membres d’Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, font cause commune. Alors que le pays se polarise et que le Maghreb entre dans une période d’incertitude, l’heure est à des réponses différenciées à des problèmes disparates: réponse sociale à la marginalisation de jeunes qui trouvent dans le salafisme et, parfois, la violence, des exutoires faciles; réponse idéologique au flou qui caractérise l’orientation d’Ennahda et l’identité religieuse du pays; et réponse sécuritaire aux menaces jihadistes qu’il ne faut ni ignorer ni exagérer », lit-on dans ce rapport.

 Douze recommandations ou pistes de sorties ont été formulées dans ce rapport

A l’attention du Premier ministre, du président, de l’Assemblée nationale constituante, d’Ennahda, des organisations politiques et associatives islamistes et non islamistes et de l’Union générale tunisienne du Travail (UGTT):

1.  Mettre en place une commission d’enquête indépendante sur l’assassinat de Chokri Belaïd.

2.  Créer un Conseil national de dialogue composé des principales organisations politiques, associatives et syndicales, pour établir conjointement une feuille de route pour les prochaines étapes de la transition.

Afin de traiter les causes sociales des dérives violentes

A l’attention du gouvernement, de l’Assemblée nationale constituante (ANC) et des associations islamiques et sécularistes:

3.  Mettre en œuvre une politique d’encadrement socioéducatif à destination de la jeunesse dans les quartiers populaires et les zones déshéritées, à l’aide de programmes de réinsertion scolaire et professionnelle.

4.  Soutenir les activités associatives dans les zones délaissées, en encourageant le travail commun entre associations islamiques et sécularistes.

Afin de réduire les risques de radicalisation religieuse

A l’attention du ministère des Affaires religieuses, du comité scientifique de la grande mosquée de Tunis et des organisations politiques et associatives islamistes et non islamistes:

5.  Rédiger, à l’issue d’un large processus de consultation, une charte des libertés qui encadrerait l’enseignement de la grande mosquée de Tunis et défendrait un islam ancré dans l’héritage du mouvement réformiste tunisien tourné vers les défis du monde moderne.

A l’attention du parti et mouvement Ennaahda:

6.  Promouvoir cette conception de l’Islam inscrite dans le patrimoine culturel, intellectuel et religieux national en la défendant dans ses publications, encourageant les associations proches du parti à l’exprimer et la diffusant parmi ses militants.

Afin de renforcer les dispositifs sécuritaires

A l’attention du gouvernement et de l’ANC:

7.  Réduire le sentiment d’insécurité et la démotivation des forces de l’ordre en promulguant une nouvelle loi définissant clairement le statut juridique et le cadre d’intervention de la police et de la garde nationale.

A l’attention des ministères de la Justice et de l’Intérieur:

8.  Mettre en place des programmes de formation continue des agents et officiers des forces de sécurité intérieure.

9.  Moderniser et renforcer l’équipement anti-émeute non létal de la police et de la garde nationale.

10.  Etablir une liste des zones sensibles où les risques de violences sont les plus importants et où s’installerait une police de proximité.

A l’attention des partenaires occidentaux privilégiés de la Tunisie, notamment la France, l’Italie, l’Allemagne et les Etats-Unis:

11.  Appuyer les réformes du ministère de l’Intérieur en:

a) mettant en place des programmes d’échanges et de formation des agents et officiers des forces de l’ordre ;

b) soutenant financièrement la modernisation et le renforcement de l’équipement anti-émeute non létal.

A l’attention des gouvernements tunisiens, libyens et algériens:

12.  Développer une coopération sécuritaire étroite et améliorer la coordination des différents services de renseignements dans les zones frontalières.

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