On achève bien la démocratie

L’information sur l’assassinat de Chokri Belaïd, Coordinateur général du PNDU et un des leaders du Front populaire, a fait l’effet d’une bombe. Au début, nombreux étaient les Tunisiens qui n’y croyaient pas réellement. Un leader politique assassiné par balle devant chez lui ! Hier encore c’était tout simplement du domaine de l’inimaginable en Tunisie, ce pays réputé mondialement pour sa modération et la douceur de son peuple, un peuple pacifique par excellence qui privilégie le dialogue à la violence, un peuple bon vivant respectueux de l’autre dans sa diversité. Mais au fil des heures, l’assassinat de ce combattant de la liberté, du respect des droits de l’Homme et de la tolérance s’est confirmée. Et des centaines de personnes accourent à la clinique d’Ennasr pour vérifier par eux-mêmes la nouvelle qui s’est propagée comme une traînée de poudre. L’émotion, la stupeur, la tristesse, la colère…se lisaient sur les visages…Comment ? Quand ? Pourquoi ?  Les questions fusaient de partout. On essayait de comprendre. Et chacun y allait de ses propres explications.

Tout s’est passé rapidement. Chokri Belaïd sort de chez lui le matin, il monte dans sa voiture en compagnie de son beau-frère. Deux personnes à moto l’attendaient. L’un d’eux lui tire quatre balles à bout portant visant  la tête et le cou. A la clinique où il est emmené d’urgence on a juste constaté son décès. Donc les assassins savaient très bien où il habitait, à quelle heure il quittait le matin sa maison, qu’il n’avait aucune protection ni garde rapprochée. Ce qui revient à dire que ses assassins ou leurs complices avaient auparavant suivi ses faits et gestes, lui qui se disait constamment suivi et sur écoutes téléphoniques et il n’a pas manqué de le dire publiquement et à maintes reprises. Il se savait donc menacé.

Par ailleurs, l’assassin qui a tiré est quelqu’un d’habitué à la manipulation et à l’utilisation des armes à feu. Quelqu’un qui voulait tuer puisqu’il a visé la tête et le cou. Donc aucun risque de rater la cible. Cet assassinat politique prémédité pourrait donc avoir été perpétré soit par un professionnel, soit par un membre d’une branche armée, d’une organisation terroriste ayant l’expérience des combats de rue ou dans le maquis. L’enquête policière déjà entamée nous le dira un jour, tout comme d’ailleurs, nous l’espérons, les commanditaires de cet odieux acte terroriste qui voulaient faire taire à jamais cette voix de la liberté et de la tolérance. Cette voix qui portait loin dans nos contrées les plus reculées. Cette voix qui défendait les sans -voix et leur droit à une vie digne, à la liberté et au travail. La voix d’un homme, d’un militant profondément convaincu que le salut de la Tunisie moderne, laïque d’aujourd’hui et de demain passe par le  dialogue, l’unité et la démocratie.

Chokri Belaïd a été liquidé par les ennemis de la liberté, de la démocratie, de la dignité, de la modernité, de la laïcité, de la justice, de l’égalité, des droits de l’Homme. Leur message est clair et ils n’ont pas cessé de le crier haut et fort dans l’impunité la plus totale : la Tunisie de demain sera ce que  nous avons décidé qu’elle soit et toute voix contraire sera étouffée à jamais. Chokri Belaïd  est le premier de la liste, d’autres victimes du fanatisme suivront. L’objectif principal étant d’approfondir davantage le fossé qui sépare la Tunisie moderne et laïque de la Tunisie en voie d’islamisation radicale, d’empêcher la poursuite du processus de transition, l’organisation des élections et la création des institutions de la démocratie qu’ils ont utilisée pour bien l’achever.

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