Les assassins sont parmi nous

Nous en sommes donc là, ils ont eu la peau de Chokri Belaïd. Froidement, dans une voiture de location pour mieux narguer les commis bien impuissants de l’ordre public. La victime se savait menacée, et ne se privait pas de le dire. Il savait surtout que la longue dictature de Ben Ali n’allait pas jusqu’à cette extrémité, mais que les « démocrates » installés dans le sillage de la révolution résolument avortée ne reculaient devant rien pour garder le butin du pouvoir.

Ces assassins sont parmi nous et il n’y a qu’à suivre à la trace les intérêts des commanditaires. Le crime profite en effet à ceux-là mêmes que notre grand martyr de la démocratie pointait du doigt. Eh oui, messieurs dames du monstre politique appelé Troïka, vous êtes responsables, certes à des degrés divers, de l’assassinat de Chokri Belaïd. Soit par machiavélisme, soit par lâcheté, soit par vanité de bas étage, vous avez laissé faire.

Il ne suffit pas de s’ériger en Président d’une République, toute bananière pour les innombrables dérapages incontrôlés sur les peaux de banane, pour donner au monde des leçons de démocratie à la petite semaine. La veille de la mise à mort, votre seul souci était de proclamer l’exemplarité de la République que vous dites présider. Vous en concluez que vous n’alliez de toute façon pas démissionner. Au même moment, on louait une voiture pour perpétrer le crime qui allait vous rappeler au bon souvenir de l’Histoire. Les guignols n’amusent que le temps du gag.

Ben Jaafar. Il ne sert pas à grand-chose, et vous en êtes la preuve éclatante, de se faire vice-président de l’Internationale socialiste. Des dictateurs de chez nous aussi en avaient fait partie, sans socialisme et sans démocratie. On vous avait fait confiance pour nous sortir de pétrin salafiste qui s’annonçait. Vous avez préféré aller applaudir vos nouveaux patrons au congrès d’Ennahdha. La servilité peut parfois avoir un goût amer, mais c’est la seule circonstance atténuante que l’on pourrait vous chercher. Vous êtes responsable, mais on a déjà dû vous le dire.

Parce que vos parrains en politique sont, eux, coupables. Ils sont coupables d’avoir armé les têtes de ceux qui devaient appuyer sur la gâchette. Une journée de deuil qu’ils disent aujourd’hui. Ils font comme Ben Ali dans le temps: il avait été le premier à prononcer l’éloge funèbre des officiers d’Etat Major curieusement péris dans un énigmatique accident d’hélicoptère.

Ceux qui ont tué C. Belaïd sont les « enfants », c’est lui qui l’affirme, de l’auto proclamé Cheikh. Personne ne nous a jamais expliqué en quel honneur il se fait appeler ainsi. On sait seulement qu’il tire les ficelles de ses pantins placés sous les lambris de la République, mais aussi les ficelles de ceux qui prennent tous les débats sur la République pour des gesticulations, en attendant la prise de contrôle de tous les rouages de l’Etat.

Pour y arriver, les hordes déchaînées ont été lancées contre tout ce qui bouge et qui pourrait constituer un danger pour faire avorter le complot. Belaïd était de ceux là, il était même désigné à la vindicte, ensuite à l’agression physique, enfin à la mort violente. Ceux qui l’ont tué savaient avoir la liberté d’agir en toute impunité. On leur avait procuré l’argent, les alibis et une justice aux ordres pour installer la peur et commettre les forfaits les plus ignobles.

Jebali, Ghannouchi, Larayedh, Chourou et les autres, vous êtes coupables. Vous avez fait entrer, en toute connaissance de cause, les loups dans la bergerie, vos loups à n’en pas douter. Ils devaient, et doivent encore vous servir d’arme de dissuasion massive contre les éventuels concurrents d’un pouvoir que vous êtes incapables d’assumer. Les coups en traître sont les armes des inaptes et des incompétents. A défaut d’avoir des réponses, vous faites parler la poudre, quand ce ne sont pas les arguments du bas ventre.

Non, les assassins ne sont pas, quoi qu’ils en disent, des enfants du bon Dieu. Ils pratiquent le commerce de la haine et de l’exclusion. Chokri Belaïd n’est pas mort.

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