Diagnostic et recommandations en matière de financement du secteur agricole

 

Les contraintes liées au financement du secteur agricole ont été, ce matin 30 janvier 2012, au centre d’un atelier de réflexion animé par un ensemble d’experts tunisiens et internationaux.

Selon le ministre de l’Agriculture, Mohamed Ben Salem, le principal frein à un meilleur financement du secteur serait le surendettement dont souffre un peu plus de 120.000 agriculteurs, soit 23% de l’ensemble des agriculteurs tunisiens.

Le ministre est ainsi revenu sur le principal constat d’une étude menée conjointement par la Banque Mondiale (BM), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation (FAO) et l’Agence Française de Développement. Répondant à une requête du ministère de l’Agriculture, ces trois organismes avaient mis deux ans à analyser pour finaliser, en mai 2012, un rapport imposant de 326 pages. Selon Michael Marx, expert principal en financement rural, au centre d’investissement de la FAO, l’étude se veut une réponse à court et à moyen termes aux problèmes du secteur. Le diagnostic y est appuyé de chiffres et de statistiques actualisés et les constats sont élaborés à la suite de concertations approfondies avec la majorité des parties prenantes (institutions financières, organismes professionnels, producteurs, syndicats…).

Les experts concepteurs de l’étude ont de ce fait découvert que bien qu’il contribue à 9% du PIB, à 18% du marché de l’emploi et à 9% des exportations, le secteur agricole ne bénéficie que 4% du total des crédits. Les causes de ce rapport disproportionné sont multiples. Le rapport en cite une panoplie, variant d’une « perception large que l’agriculture n’est pas profitable et risquée », à « une certaine tolérance des agriculteurs qui ne sont trop gênés par l’endettement et ses conséquences », en passant par un ensemble d’entraves d’ordres juridique et institutionnel. L’étude montre de ce fait que la législation a « effectivement barré l’émergence d’une micro finance capable de servir les micros et petits entrepreneurs agricoles » et que la gamme de subventions dispensées par l’Etat a fini par se substituer finalement au financement bancaire.

Contre ces défaillances, l’étude préconise un ensemble de mesures effectives. Il s’agit principalement de développer une micro finance au service des petites exploitations agricoles et de faire ainsi profiter l’agriculture du décret-loi n°117 régissant l’organisation de l’activité des Institutions de micro-finance (IMF). Une meilleure gestion de risques est également requise pour redresser le secteur. Du côté des institutions financières, le Banque nationale agricole (BNA) qui est la principale source de financement de l’agriculture en Tunisie est appelée à mieux adapter ses prestations aux besoins des agriculteurs. Le modèle de la banque agricole coopérative a d’ailleurs été préconisé, afin de seconder le rôle de la BNA qui est une banque commerciale.

En plus des recommandations de l’étude présentée par les experts des trois organismes, un ensemble de mesures gouvernementales ont été passées en revue par Mohamed Ben Salem. Il s’agit notamment du rééchelonnement des crédits agricoles dans le cadre de la loi de finances de 2012 et de l’abandon, dans le cadre de la loi des finances 2013, des d’intérêts de retard  et contractuels des crédits ne dépassant pas les 2.000 dinars pour chaque agriculteur. Par ailleurs, le ministre a annoncé que le code des investissements serait réformé de façon à encourager les agriculteurs et les pêcheurs à mieux investir. Entre temps, l’Etat continuera à subventionner la moitié du montant de l’assurance des grandes cultures contre les incendies et la grêle et à encourager l’adhésion des agriculteurs dans les sociétés coopératives des services agricoles. «  Nous aspirons à augmenter le taux d’adhésion actuel qui n’est que de 5% à 20% à l’horizon de 2018 », a lancé le ministre sur un ton optimiste.

>Retrouvez le texte du rapport sur le site de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation(FAO).

2 Commentaires

  1. Une refonte de la politique agricole est nécessaire. On doit trouver une solution définitive au morcellement des terres à vocation agricole, et instaurer une formation continue aux jeunes agriculteurs et fils d’agriculteurs,en les incitant par des crédits à long terme pour favoriser le regroupement des terres agricoles(crédits sur 25 ans),à des taux bonifiés de 2 à 3% Les experts concepteurs de l’étude ont de ce fait découvert que bien que l’agriculture contribue à 9% du PIB, à 18% du marché de l’emploi et à 9% des exportations, le secteur agricole ne bénéficie que 4% du total des crédits.

  2. Principal moteur de développement, ce secteur a pourtant été longtemps délaissé. Nul ne peut nier que l’état s’est désengagé de l’agriculture en livrant ce secteur à la privatisation. La petite agriculture, gage d’un savoir faire spécifique représentant plus de la moitié des exploitations a été ignorée et rendue vulnérable. Les conséquences sont désastreuses sur le plan socio-économique (pauvreté, exode rural, érosion des terres..) bien que le potentiel agricole soit important. Pire encore, nous importons actuellement 50 % de nos besoins en céréales !

    Sachant tous ces maux, il est impératif d’asseoir une stratégie agricole dont les objectifs premiers seraient d’assurer notre souveraineté alimentaire. Il faudrait, à cet effet, encourager les cultures céréalières et fourragères revenir à nos semences anciennes, pratiquer le système de jachère et l’élevage intégré de races autochtones connues pour être bien adaptés à notre pays. Il est clair que nous nous affranchirons de l’importation (seulement profitable aux multinationales..) en intrants, semences et bétail. Ainsi nous réduirons les coûts de production de façon drastique sans oublier que notre santé et notre environnement seront préservés.
    Nous gagnerons également au verdissement de nos terres arides qui générerait une grande valeur ajoutée et créerait de l’emploi.

    Qu’en est il de de l’optimisation et de la préservation de nos ressources en eau pourtant précieuses, quand on note l’importance que prend actuellement l’arboriculture dans ce secteur sachant qu’elle ne génère que peu de profits pour l’économie du pays. Sans parler des autres secteurs qui épuisent et polluent nos ressources en eau …

    Aussi, l’agriculture durable est elle prise en compte par le ministère ? je n’en ai pas l’impression..

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