UTICA: enjeux et défis

L’UTICA est de retour. Après une éclipse de deux ans. Non qu’elle fût totalement absente de la scène nationale, ou réduite au silence, mais elle s’était délibérément mise en retrait, affaiblie qu’elle était, au tout début tout au moins, par des tiraillements internes qui n’en finissaient pas d’en finir. Elle s’est entourée d’une sorte de voile pudique, tant il est vrai que les périodes de rupture révolutionnaire ne sont pas celles qui glorifient le monde patronal, de quelque sensibilité qu’il soit.

Le choc de la révolution réveilla les vieilles rivalités, les conflits de personnes, la querelle des egos et même la guerre des clans…

L’UTICA a vacillé, mais elle n’a pas rompu, alors même qu’elle était essoufflée, en fin de cycle, dans une période des plus difficiles et des plus incertaines s’il en est: son implication dans la vie économique, sociale et moins encore politique était frappée du sceau d’une extrême retenue.

En ces temps d’incertitude, de désordre économique et social, elle ne pouvait donner de la voix. Elle assume une large part de responsabilité pour s’être livrée à des luttes fratricides qui ont failli la pousser à la rupture et à l’implosion.

Jeunes loups qui ont émergé à la faveur de la révolution contre vieux briscards convertis de la 25ème heure s’invectivaient sur la place publique: guerre de mouvement, de position, de tranchée. Il y eut un immense déchaînement de rancœur. La pérennité de la centrale était en danger. Il y avait péril en la demeure. La peur du vide et de la déchéance a vite fait de précipiter le dénouement de la plus grave crise qu’ait connue la centrale patronale.

La voix de la raison, de la sagesse, du courage a fini par s’imposer avant que ne se produise l’irréparable. La guerre déclarée ou sourde a laissé place à une paix froide et fragile, mais salutaire. La centrale patronale pouvait prendre sa destinée en main, se reconstruire et envisager l’avenir avec plus de sérénité et de confiance.

Une femme talentueuse, au-dessus de tout soupçon, au patriotisme chevillé au corps, incarnant le renouveau patronal, a été choisie par ses pairs pour l’ultime tentative de sauvetage d’une organisation à la dérive. Elle s’est entourée d’une équipe jeune, resserrée, aux têtes bien faites et bien pleines; elle est bien de son temps, ouverte aux doléances salariales, à l’impératif social et soucieuse jusqu’à l’obsession des exigences de compétitivité.

Commença alors un travail laborieux mais nécessaire de réorganisation, de construction, de conquête de sympathie nationale, d’image et de notoriété, au milieu d’une explosion de revendications qui prenaient pour cible les entreprises, tous secteurs confondus, quand elles épargnaient leur chef.

Au fil des jours, Mme Wided Bouchamaoui et son équipe rapprochée, décomplexée, portée par leur trajectoire professionnelle et leur propre succès personnel ont réussi à faire taire de l’intérieur les voix discordantes et imposer le respect des autres. A défaut de consensus, il y eut un consentement qui permit à la centrale patronale de retrouver son rang et son rôle.

L’UTICA afficha, par la voix de sa présidente, son autonomie, son indépendance, son désir de croissance, de développement et d’avenir. Elle s’est positionnée comme un interlocuteur et un partenaire incontournables.

Cette revendication est d’autant plus crédible que la centrale, sous la houlette de sa nouvelle présidente au caractère bien trempé, a vite fait d’organiser la maison de l’intérieur, en y mettant de l’ordre. Elle s’est donné une nouvelle ambition et une vraie perspective.

Au siège du patronat, une imposante maison en verre, propice aux règles de la transparence, la centrale a retrouvé le goût du dialogue social et le besoin de réflexion et de proposition. Elle s’est invitée dans le débat national à travers ses propres structures. Elle n’entend plus rester à la traîne de décisions qui engagent l’avenir des entreprises, et donc du pays. Elle veut décliner son projet de société, sa conception du dialogue et du modèle social et sa vision de l’économie  et de la mondialisation.

Deux commissions d’experts, présidées par deux têtes bien pensantes – Hichem Elloumi et Khelil Ghrairi – ont été constituées à cet effet. Au final, l’UTICA signe son entrée par la grande porte dans l’arène politique – oui -, économique et sociale: le rapport 2020 affiche une ambition patronale, des objectifs de croissance et de développement, et détaille les nécessaires réformes à entreprendre dans l’immédiat et à terme.

Autres temps, autres habitudes : fini le temps de l’incantation et des pétitions de principe. La nouvelle UTICA est arrivée, calculette en main et vision en tête.

Dans l’intervalle, elle dut parer au plus pressé et faire face à l’urgence, tout en assumant son rôle d’acteur majeur, soucieux d’équilibre et de cohésion sociale.

Les négociations sociales, au plus fort de la crise, ne furent pas une sinécure. L’UTICA a préservé l’essentiel – la survie des entreprises -, tout en accordant le maximum aux syndicats ouvriers. L’épilogue a été à la hauteur des nouveaux enjeux politiques, économiques et sociaux. La tension, portée à son paroxysme, fut suivie de détente. L’accord salarial ouvrit la voie à la conclusion d’un Pacte social signé le 14 janvier, au sein même de l’ANC, par les principaux partenaires sociaux : gouvernement, UTICA et UGTT, trois jours avant que ne se tienne le congrès électif de la centrale patronale qui survient lui-même un mois presque jour pour jour après la tenue d’un congrès exceptionnel, au motif de changer les statuts de l’organisation. Congrès fondateur s’il en fut, car il préfigure une nouvelle gouvernance, une nouvelle vision et une souveraineté illimitée de la principale organisation patronale.

L’UTICA s’est affranchie, s’est émancipée de la tutelle voire de l’influence des partis et du gouvernement : elle se présente désormais comme un vrai partenaire, comme une force autonome et un acteur déterminé à peser de tout son poids – et elle en a – sur la vie politique, économique et sociale.

Le jeudi 17 Janvier, l’UTICA tenait ses états généraux. Et se préparait à élire sa nouvelle direction. Les congressistes ne s’y sont pas trompés. Ils ont plébiscité celle par qui le redressement patronal est arrivé et porté à la tête de la direction l’équipe qui a su mener à bon port un navire en état  de détresse, qui  menaçait de chavirer au plus fort de la tempête politique et sociale.

Elle aura fort à faire pour sceller une fois pour toutes cette réconciliation retrouvée, préserver son indépendance, assurer la pérennité du Pacte social via la compétitivité des entreprises, éradiquer l’économie informelle qui nuit à sa raison d’être et sape son autorité – et celle de l’Etat -, faire de la valeur travail une vertu cardinale partagée par l’ensemble des partenaires. Et accélérer et renforcer l’insertion de l’économie nationale dans la mondialisation. Vaste programme dont on n’a pas fini de mesurer les enjeux !

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