Conférence du parti El Amen: Du développement pour fortifier la sécurité nationale

La sécurité nationale. Le terme est de plus en plus récurrent sur les plateaux télévisés, dans les allocutions des politiciens et jusqu’aux causeries des citoyens dans la rue.

Le dernier parti politique à s’intéresser à cette thématique urgente est le parti El Amen qui a invité samedi 26 janvier un ensemble d’experts pour décortiquer l’ensemble des « défis sécuritaires dans la région et leurs retombées sur la sécurité nationale. » Par région, les organisateurs définissent l’espace géopolitique incluant le Maghreb, le Mashreq et l’Afrique transsaharienne. C’est que pour les experts invités? la crise malienne est directement liée à l’espace politique et sécuritaire tunisien. Selon le journaliste et militant des droits de l’Homme Slaheddine Jourchi, «  ce qui se passe au Mali est devenu même une affaire tunisienne. Al-Qaida au Maghreb islamique domine désormais la vaste région et ils ont placé la Tunisie dans le cadre de leurs manœuvres » a-t-il estimé, assurant qu’une plus grande synergie sur le plan régional et international est requise afin de contourner la crise  et ses fâcheuse répercussions.

Ainsi Slaheddine Jourchi  analyse-t-il les évènements nationaux à travers un prisme plutôt international. «  Le procès des salafistes inculpés dans l’offensive contre l’ambassade américaine ne se déroule pas dans un cadre étroit. Il y a d’autres intérêts qui sont en jeu » a-t-il assuré. Le journaliste s’est par ailleurs attardé sur la violence exercée par certains salafistes extrémistes, réfutant le fait qu’ils soient « la conscience de la révolution » (appellation avancée par certains politiciens dont Rached Ghannouchi, le président du mouvement Ennahdha, ndlr).

L’autre menace latente et tout aussi grave serait, selon Jourchi, le retour des milliers de jeunes tunisiens  combattant actuellement dans les conflits gangrénant un peu partout la région, que ce soit en Syrie, au Mali, en Somalie ou encore au Mali.

La dérive de cette large partie de la jeunesse tunisienne coincée dans le cercle vicieux de la violence est dès lors un phénomène grave et à multi facettes. Qu’ils incendient les mausolées, appliquent un système punitif axé sur les châtiments corporels ou s’engagent dans les fronts chauds hors frontières pour remplir leur « saint devoir » de Djihad, ces jeunes tunisiens sont le produit du sous développement de la Tunisie.

Le fond économique de la violence

Les jeunes tunisiens laissés pour compte, consumés par le chômage et le vide sont faciles à recruter. Souvent, se vouer au combat leur permet de donner un sens à leur existence  et surtout de gagner leur vie, ces activités étant généreusement financées par le wahabisme des monarchies du Golfe. Pour Moncef Kortass, chercheur à Genève  – au Graduate Institute Center on Conflict Developement and Peace Building – le terrorisme trouve ses fondements, non seulement dans les références confessionnelles et idéologiques, mais aussi sur un fond économique. Il suffirait selon lui d’observer le système et les sources de financement des groupes terroristes pour en comprendre le fonctionnement. Ces groupes constituent en effet de vastes réseaux spécialisés dans le business du kidnapping et des rançons, le trafic de la drogue, le commerce illicite des armes, la corruption et le blanchiment d’argent.

Le « sacro-saint devoir de Djihad » ne serait qu’un prétexte pour légitimer ces activités mafieuses et très lucratives. En Tunisie, le secteur informel représente 80% de l’économie, le taux de chômage dépasse 17% et l’incidence de la pauvreté dépasse dans certaines régions la barre de 32%. Ce sont ces chiffres qui, ajoutés à la vulnérabilité des frontières et à l’instabilité des pays voisins, favorisent l’extrémisme. Le développement économique et social, outre le renforcement des appareils sécuritaires, serait la principale issue pour fortifier la sécurité nationale contre la violence et le chaos.

Entre temps, la Tunisie continue de suppléer les zones chaudes en combustible humain.

 

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