Désarroi grandissant des enseignants suppléants des collèges et lycées

Karima a l’air déconnectée de la foule présente, hier mardi 22 janvier à la salle de réunion Ahmed – Tlili au siège de l’UGTT. Tenant par ses deux mains frêles une banderole appelant à la dignité pour les professeurs suppléants et temporaires, son regard est rivé sur le secrétaire général Lassaâd Yacoubi, secrétaire général du syndicat général de l’enseignement secondaire (UGTT). Elle ajuste le bout de la banderole et l’élève lorsque celui-ci commence à évoquer « le calvaire des professeurs suppléants ».

Le calvaire, Karima parvient à peine à le raconter. Ce matin, elle a dû se réveiller à 3 heures pour faire le trajet Bizerte – Tunis. Elle est, en effet, venue dans la capitale pour faire entendre sa voix et celle de ses 23 collègues, tous professeurs suppléants au Lycée secondaire Bazina. Un lycée coupé du monde, sans directeur, ni équipements. « Hier, il a plu, et j’étais toute trempée, mes affaires se sont mouillés, et je ne pouvais plus donner mon cours », a confié Karima sur un ton amer. Pour cette jeune enseignante d’histoire géographie qui fait chaque jour 8 kilomètres pour rejoindre son poste, la vie est dure : 19 heures de travail par semaine, une fatigue indescriptible, le tout pour un salaire mensuel de 400 dinars. En déduisant les frais de transport, il lui reste à peine 200 dinars pour subvenir à ses besoins. Mais pour Karima, tout cela est négligeable par rapport à la souffrance morale qu’elle endure : «  A n’importe quel moment, on pourra vous mettre à la porte, sans préavis ni le moindre mot de reconnaissance », a-t-elle confié, non sans crainte.

La régularisation de la situation de Karima et de centaines de professeurs comme elle est la principale des revendications du syndicat qui demande, au surplus,  une prime d’encouragement pour les professeurs travaillant dans les contrées lointaines du pays. « Ils travaillent dans des conditions abominables, la moindre des choses serait de leur donner des primes incitatives afin de les motiver »,  a déploré Lassaâd Yacoubi, pour s’en prendre par la suite au ministre de l’Education. Celui-ci est, en effet, accusé par une large partie du corps enseignant des lycées de ne pas avoir respecté les accords conclus . M. Abdellatif Abid  est accusé de ne pas avoir donné suite aux accords conclus à l’issue des négociations entre le ministère et le syndicat. Ainsi, il  est revenu sur la décision d’augmenter la prime de la fourniture scolaire.  Pis encore, le ministre a  subordonné le départ à la retraite des enseignants à 55 ans, à la condition d’avoir exercé pendant 35 ans.  Une combinaison illogique qui ne profiterait qu’aux professeurs ayant commencé leur carrière à 20 ans !  « Une aberration »,  selon le responsable syndical.

Un dialogue de sourds s’est donc installé entre les professeurs et le ministère de tutelle. En définitive, c’est l’avenir d’environ 1 million et demi d’élèves dans tous les collèges et lycées du pays qui est menacé.

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