Donald Kaberuka: « maintenant que la situation se normalise en Côte d’Ivoire, nous préparons notre retour »

 

Lors de son discours prononcé le 17 janvier 2013 à Tunis,  au déjeuner de Nouvel an offert aux membres du corps diplomatique accrédités en Tunisie,  Donald Kaberuka, Président du Groupe de la Banque africaine de développement,  s’est longuement arrêté sur la situation économique du continent noir.

 Situation en Afrique

« L’Afrique a incontestablement fait preuve d’une résistance remarquable depuis le déclenchement de la crise en 2008. Certains sceptiques soutiendraient que cette bonne tenue n’est qu’un feu de paille de plus, à mettre au compte des produits de base. Ils auraient beau jeu d’avancer qu’à près de 1,9 billion de dollars, le PIB de l’Afrique ne représente que la moitié de celui de l’Inde et le quart de celui de la Chine. Même le PIB de l’Afrique du Sud, dont l’économie est la plus grande du continent, ne représente, à 400 milliards de dollars, qu’à peu près la moitié de celui de la Turquie ou de l’Indonésie» dit-il.

Et d’ajouter: « cependant, faire l’éloge du nouveau dynamisme de l’Afrique ne veut pas dire méconnaître la pauvreté massive qui sévit sur le continent. Reconnaître la dynamique nouvelle à l’œuvre en Afrique ne revient pas à masquer l’immense problème d’aggravation des inégalités croissantes, du chômage ou de l’exclusion, ni à perdre de vue le grand déficit d’infrastructures, l’insuffisance du capital humain et les problèmes de gouvernance et d’ordre institutionnel, qui entravent l’entreprise et l’investissement. Vanter la nouvelle résilience de l’Afrique ne signifie pas passer sous silence ses vulnérabilités, internes comme externes. Reconnaître que le taux de croissance économique de l’Afrique dépasse aujourd’hui son taux de croissance démographique n’est pas occulter le fait que le continent est un ensemble de 54 pays, divers par leurs ressources, leurs problèmes, leurs performances économiques et leurs perspectives d’avenir.

Célébrer l’excellente croissance économique de l’Afrique durant la décennie écoulée ne revient pas à méconnaître qu’au-delà de la croissance économique – assurément nécessaire – ce qu’il faut à notre continent, c’est davantage la transformation économique. Non, bien au contraire, nous sommes conscients de la nécessité de passer au niveau suivant ».

M. Kaberuka s’est lors de son discours,  attaqué à l’évolution de la situation dans chaque  catégorie de pays: Afrique du Nord, grands pays à revenu intermédiaire ouverts, pays riches en pétrole et en gaz, pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne, États fragiles… et a précisé la stratégie de la BAD à l’égard de chaque catégorie.

Stratégie de la BAD

Toujours selon M. Donald Kaberuka, la BAD  a toujours axé ses efforts autour  de quatre domaines d’intervention étroitement liés, à savoir: 

 • L’infrastructure, tant nationale que régionale, dans des secteurs tels que l’énergie, le transport et la connectivité;

 • L’intégration économique régionale, synonyme de levée des obstacles au commerce, qu’ils soient causés par l’homme ou physiques;

 • La promotion du développement du secteur privé;

 • L’enseignement supérieur, technique et scientifique.

Pour la prochaine décennie, dans le cadre de la consolidation de cette stratégie, l’infrastructure, qui représente 60 % des engagements de la banque, demeurera au centre de ses  interventions. « Il n’est pas possible d’accroître les possibilités d’éducation pour notre jeunesse et de fournir des emplois, sans accès à l’électricité, au haut débit et à la connectivité.

Il n’est pas possible d’assurer la sécurité alimentaire et de s’élever dans la chaîne de valeur agricole, sans accès à une infrastructure de transport fiable qui permette de réduire les pertes après récolte.

Les villes africaines qui ne cessent de s’agrandir seraient inhabitables sans eau salubre, sans assainissement adéquat, sans approvisionnement fiable et économiquement abordable en électricité, et sans réseaux de transport en commun.

C’est la raison pour laquelle le guichet du secteur privé de la Banque a si rapidement pris de l’envergure et représente aujourd’hui 30 % des quelque huit milliards de dollars que nous engageons chaque année », lance le président de la BAD.

Retour à Abidjan

A la fin de son discours, M. Kaberuka n’a pas manqué d’aborder les   préparatifs de la BAD pour le retour à Abidjan, son pays siège.

« Cela fait 10 ans que nous bénéficions de l’hospitalité tunisienne. Le peuple et le gouvernement tunisiens n’ont ménagé aucun effort pour permettre à la Banque de s’acquitter de sa mission. Nous leur en serons éternellement reconnaissants. Comme je vous l’ai déjà indiqué l’année dernière, maintenant que la situation se normalise en Côte d’Ivoire, nous préparons notre retour. Dès que nos gouverneurs auront donné leur feu vert lors des Assemblées annuelles de Marrakech en mai, l’opération se mettra en branle progressivement » souligne-t-il.

Avant de conclure: « la sécurité, le bien-être du personnel et la continuité des activités revêtent pour nous une importance primordiale. Vous avez affaire à une institution résiliente, et je vous assure que l’opération sera menée avec beaucoup de professionnalisme.

Il y a lieu d’être fier de la Banque que nous avons bâtie ensemble. Une institution qui sait ce qu’il faut faire : qu’il s’agisse d’opérer des choix stratégiques, de réagir face aux crises ou de se positionner par rapport à l’avenir.

Malgré la crise financière, la Banque africaine de développement demeure très solide. Il vous plaira de noter que le revenu de la Banque, sa liquidité et sa capacité à supporter le risque demeurent solides. Elle a également conservé sa note triple A, ce qui est une réalisation de taille, qui n’aurait pas été possible sans le soutien de vos pays, actionnaires de la Banque ».

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