L’Europe en crise: l’enjeu de la solidarité

La construction européenne devait garantir la paix, grâce à l’interdépendance des économies nationales et à leur développement au sein d’un marché unique. Le succès historique de ce projet est aujourd’hui remis en question. L’Europe est un espace où la pauvreté et les inégalités ne cessent de progresser. 120 millions de personnes sont directement concernées. Parmi elles, quelque 40 millions souffrent de privation alimentaire et matérielle de première nécessité.

Dans un contexte de crise aggravée, l’aide alimentaire n’est pas un luxe, mais un impératif moyen de survie pour des populations fragilisées et grandissantes. 8,5 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté et bénéficient des dispositifs d’aide. Outre les familles monoparentales et les chômeurs, les catégories de personnes qui recourent à l’aide alimentaire comprennent désormais les travailleurs pauvres ou précaires, les étudiants et les personnes à la retraite.

L’Union est-elle passive ou impuissante face à ce phénomène? Non. Son action est symbolisée par le « Programme européen d’aide aux plus démunis » (PEAD) créé en 1987. Celui-ci prévoyait que les excédents agricoles européens – systématiques à l’époque – sont redistribués aux populations européennes qui en ont besoin. Cet instrument de solidarité donnait un sens social à la construction européenne. Depuis, les excédents se font rares. La contribution européenne en nature s’est donc transformée en contribution financière, gérée en particulier par des associations nationales, au titre de l’aide alimentaire (500 millions d’euros en 2012) et l’achat direct de produits destinés à être redistribués (383 millions). Le dispositif repose ainsi sur les banques alimentaires et autres organismes d’aide comme relais de distribution de l’aide.

Au nom d’arguments juridiques et de l’austérité budgétaire, certains États membres prônent la fin pure et simple du PEAD. Ces États membres contestent non seulement la reconduction du programme d’aide alimentaire aux plus démunis, mais s’opposent à son principe même. L’Allemagne, le Royaume-Uni et la Suède considèrent en effet que l’aide aux pauvres relève de l’action nationale de chaque État. Ils refusent donc de participer au système européen de solidarité collective. La question est au cœur de la négociation du Budget 2014.

Face à cette fronde étatique,la Commission européenne tente de réagir et recommande l’évolution du dispositif. Dans ses propositions sur le cadre financier pluriannuel 2014-2020, la Commission européenne a proposé en juin 2011 une enveloppe de 2,5 milliards d’euros pour un nouveau programme d’aide aux plus démunis.Une proposition de règlement, présentée le 24 octobre 2012 par la Commission européenne, prévoit la création d’un Fonds européen d’aide aux plus démunis, qui prendrait effet en 2014 et qui se substituerait à l’actuel dispositif. Ce Fonds est censé répondre aux premiers besoins urgents et de premières nécessités. Il se présente en effet comme un instrument global assurant l’aide matérielle sous forme de denrées alimentaires, mais aussi des vêtements et d’autres biens de base aux sans-abri et aux enfants souffrant de privation matérielle. Autrement dit, le Fonds proposé va au-delà de la distribution d’aide alimentaire. En complément à l’aide matérielle, il permettrait également des mesures d’accompagnement, visant la réinsertion sociale des plus démunis.

Au-delà des réponses qui relèvent des mesures d’urgence, l’éradication de la pauvreté suppose des mesures structurelles qui ne se résument pas à l’austérité budgétaire. Alors que les gouvernements et les institutions européennes demeurent focalisés sur la mise en œuvre des principes et règles d’austérité budgétaire, les peuples européens restent dans l’attente d’un plan de relance de l’économie digne de ce nom, c’est-à-dire à la hauteur des enjeux de la crise, ce qui est loin d’être le cas avec le « pacte de croissance ». Celui-ci correspond simplement à 120 milliards d’euros, soit l’équivalent d’environ 1 % du produit intérieur brut de l’Union européenne. Un niveau qui n’est pas de nature à sortir l’Europe de la crise et de la pauvreté.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here