A Sfax, pour la fête, le coeur n’y était pas

On dit que c’est à Sfax que le régime Ben Ali a chaviré. Deux ans après, nous y sommes revenus pour tâter le terrain et voir comment ceux qui se targuent d’avoir eu la tête du dictateur  sont toujours aussi  fiers de l’avoir fait.

Lundi 14, en faisant le tour de la ville, on sent comme un malaise. Du moins, on sent bien que ce n’est pas la fête. Sfax qui, jusque là se montrait fière, ne l’était pas vraiment hier. «  Le 14 janvier reste toujours une date importante pour la ville de Sfax. Mais cette année pour la fête, le cœur n’y était pas. Nous sommes plutôt dans l’esprit d’une commémoration d’un évènement. On aurait aimé le fêter, mais cela implique que les objectifs pour lesquels, le 12 janvier 2011 près de cent mille sfaxiens ont manifesté, ont été réalisés. Hélas ! Ce n’est pas le cas », nous explique  Abdelwaheb  Mabrouk, du bureau régional du Parti républicain.

Dans le même esprit, Mourad Zouaghi, du Pôle démocratique confirme cet aspect commémoratif pour lequel la ville a opté : « nous avons voulu profiter de cette occasion pour rappeler les objectifs de la révolution et les attentes du peuple. Des attentes qui n’ont toujours pas été réalisées ». Lamine Laâlibi du Front populaire va plus loin. « Comment fêter aujourd’hui, alors que les pauvres de ce pays deviennent  plus pauvres, que le chômage s’aggrave; et même les libertés, dont on ne cesse de parler, sont en train d’être confisquées de nouveau. La vérité est qu’on a aujourd’hui l’impression que cette révolution est en train d’être confisquée et je ne vois pas pourquoi je devrais être heureux de cela ».

Du coté du bureau régional de l’UGTT, d’où est partie la fameuse manifestation du 12 janvier 2011, même état d’esprit. « Le 14 janvier est l’anniversaire de la fuite du dictateur. Une fuite qui a été le fruit d’un long travail des forces démocratiques du pays. Mais ces gens là, ceux qui ont contribué à cet évènement, notamment ici à l’UGTT, ont l’impression qu’on est en train de profiter de leur travail. Des partis politiques, et principalement un parti politique, pour ne pas citer  Ennahdha, sont en train de modeler cette révolution selon leurs intérêts », nous explique, Ridha Bazine, membre du bureau régional.

En parlant d’Ennahdha… Il a brillé hier à Sfax par son absence. Si les partis politiques, qui ont préféré le mot commémoration, ont tout de même essayé de marquer leur présence, Ennahdha, lui, était carrément absent.

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