14 janvier 2013: fête ou rappel ?

Certes le 14 janvier 2013 apporte son lot d’inquiétudes, d’interrogations et d’espoirs. Bien que les attentes et le bilan de deux ans post révolution dans le monde arabe demeurent matière à polémique, toutes les parties ont cependant mobilisé leur base populaire pour fêter le deuxième anniversaire de la révolution. Fêter, ou rappeler les revendications principales de la révolution telle est l’ambiguïté que nous avons ressenti rien qu’en entendant les différents slogans scandés avec véhémence et enthousiasme révolutionnaire. Toutes les catégories sociale, associative et politique, ont répondu présent à l’appel du 14 janvier et se sont emparées de la grande avenue. L’Economiste Maghrébin est allé à la rencontre de quelques citoyens, afin de leur donner la parole et découvrir leurs attentes en ce jour mémorable.

Tenant une banderole, Mohamed Hédi Abidi, avocat et activiste au sein du Front Populaire expose un point de vue catégorique: « les médias gouvernementaux veulent nous faire croire qu’il s’agit  de fêter le 14 janvier et que tout va bien dans le meilleur des mondes possible. Mais entre le discours présenté par les médias et la réalité des faits, il y a un monde. Les objectifs de la révolution sont loin d’être réalisés; bien entendu on ne s’attend pas à un miracle, cependant un minimum d’objectif aurait dû être réalisé, comme le développement des  zones d’ombre, l’arrestation des bourreaux. Je ne suis pas ici pour fêter quoi que ce soit mais pour rappeler que les objectifs ne la révolution doivent être réalisés. »

Selon Naceur Keffi, universitaire et activiste au sein du Pôle démocratique: « on n’est pas dans une perspective révolutionnaire, donc il est hors de question de fêter une révolution qui peine à réaliser ses objectifs et  je considère que le deuxième anniversaire de la révolution a montré que le paysage politique a beaucoup changé par rapport à 2011, la bipolarisation est devenue une réalité et ça va orienter la Tunisie sur une autre voix qui pourrait ne pas être révolutionnaire. Les partis s’élargissent et tout ça va jouer au détriment de la qualité du discours et des alternatives. Nous avons vu aujourd’hui une gauche limitée sur le terrain. Je crois qu’Ennahda et Nidâa Tounes finiront par se partager le pouvoir au détriment de la Tunisie. Ce sont deux grands partis de masse qui n’ont pas de projet réel de société à proposer par contre tous les deux ont un discours démagogique très élaboré; à cause de cette bipolarisation, la gauche romantique et révolutionnaire ne trouvera pas sa place et sera même  sacrifiée. »

À notre grande surprise, nous avons croisé des jeunes activistes du mouvement Al-Baâth, qui scandaient des slogans nationalistes arabes et portaient l’image de l’ex président irakien. Le porte-parole, du mouvement a pris soin de nous expliquer les motifs de cette présence qui, à première vue, paraît déplacée et inadéquate: « ce n’est pas en sa qualité de président de l’Irak que nous évoquons aujourd’hui la mémoire de Sadâam Houssein, mais en sa qualité de leader arabe porteur d’un projet qui vise tous les pays arabes et anti-impérialiste. Aujourd’hui, les mêmes forces obscures combattues par le leader arabe veulent ébranler l’unité du peuple tunisien et s’emparer de sa révolution. Nous constatons qu’il existe une union entre les pays pétro dollars et le gouvernement tunisien, notamment le Qatar, qui ne s’est jamais soucié de l’avenir des pays arabes. Donc, la question essentielle est de rappeler que la Tunisie affronte les mêmes ennemis obscurantistes combattus par Sadâam Houssein ».

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