Si disponible, si rare chez nous en Afrique

Comment faire comprendre à la population certains phénomènes qui pourtant sont d’une apparence aussi facile qu’évidente? Au Cameroun, comme dans bon nombre de pays d’Afrique sub-saharienne, le manque de l’énergie électrique dans les ménages est devenu, depuis bientôt quinze ans, un évènement banal: on vit avec, plus personne ne s’en émeut, les associations de défense des intérêts des consommateurs presque fatiguées de multiples rappels et menaces de boycott. En face, le gouvernement essaye de lever le doigt, mais très vite retient son souffle et est ainsi empêché par je ne sais quoi d’aller au bout de sa logique, afin de réviser certaines clauses iniques des nombreux contrats de concession signés avec des firmes occidentales.

Au Cameroun, aux simples et petites coupures que connaissait la société nationale d’électricité (SONEL) depuis les années des indépendances sont nés de nouveaux concepts: délestages et rationnement. De manière prosaïque, dans un réseau électrique, le délestage consiste à arrêter volontairement l’approvisionnement d’un ou de plusieurs consommateurs pour rétablir rapidement l’équilibre entre la production et la consommation du réseau. Il s’agit d’une mesure de sauvegarde destinée à éviter les risques d’effondrement en tension ou en fréquence qui pourraient entraîner la coupure de la totalité d’un sous-réseau. Selon les règles de l’Union pour la coordination du transport de l’électricité (UCTE), les gestionnaires de réseaux électriques doivent mettre en place des délestages sur seuil de fréquence entre 49 et 47,5 Hz. Selon certaines sources d’information (Wikipédia), « l’application de cette mesure a sans doute permis que la panne de courant européenne de novembre 2006 ne dégénère en défaillance totale du réseau1».

Le principe est donc clair: dans une espèce de  rotation de fourniture de l’électricité, on prive une partie d’une localité pendant un moment pour en donner à une zone  et ainsi de suite. Quelles pertes pour les industries, obligées de fonctionner au ralenti? Quelle galère pour les populations, incapables de faire des réserves de vivres frais dans les congélateurs faute d’énergie? Dans cette situation, le commerce des groupes électrogènes a certes prospéré; la vente des lampes-tempêtes, jadis rangées au musée et relayées pour usage dans les contrées les plus reculées refait surface dans les grandes villes, mais les dégâts causés par l’utilisation des bougies  sont quant à eux aussi importants.

Si les populations ont toujours été habituées à l’utilisation de l’énergie électrique d’origine hydraulique, si on a fini par s’habituer au bruit des moteurs des groupes électrogènes, si la flamme  des lampes et bougies éclaire autant bien, on avait très peu sinon pas du tout pensé à l’éolienne, à l’énergie solaire. Le nucléaire, on ne connait pas!

Quelle que soit la nature de l’énergie électrique que l’on veut promouvoir, l’Afrique sub-saharienne demeure  un grand bassin de réserves. La République démocratique du Congo, à travers le barrage d’Inga, est le premier potentiel énergétique en Afrique. Suivi du Cameroun, où plusieurs chantiers de construction de barrages hydroélectriques sont en cours (Lom Pangar à l’est du pays et Memve’ele dans le Sud). La situation du secteur énergétique du Cameroun se caractérise actuellement par une production d’électricité insuffisante, 520 à 650 MW. Un exemple parmi tant d’autres: pour satisfaire les besoins actuels et futurs, le Cameroun devra atteindre un niveau de production d’électricité d’environ 2 000 MW à l’horizon 2015.

La situation du Cameroun n’est pas très éloignée de celles des autres pays. La ressemblance de ces difficultés a entrainé la mise en commun des projets transfrontaliers. En Afrique centrale, par exemple, un pool énergétique, PEAC, a été mis sur pied. Les priorités sont orientées notamment dans le bouclage de la recherche des financements pour deux projets dans les domaines ci-après: électrification transfrontalière, étude de faisabilité des lignes d’interconnexion Inga – Congo – Gabon – Cameroun – Calabar et Inga – Cabinda – Pointe Noire. Le PEAC a été créé le 12 avril 2003 par le conseil des ministres de l’énergie des pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC). Composé de dix membres, le PEAC est chargé de la mise en œuvre des politiques énergétiques, de gestion des études de construction des infrastructures et des échanges énergétiques sous régionaux. Il ambitionne d’arrimer l’Afrique centrale aux standards internationaux, notamment en matière d’interconnexion des réseaux électriques, observables dans les autres régions du monde.

Une chose étant de réfléchir, de mutualiser les forces, mais la réalité du terrain nous ramène au nerf de la guerre: le financement desdits projets. De sources informées, au secrétariat général de l’Union des producteurs, transporteurs et distributeurs de l’énergie électrique en Afrique (UPDEA), on a fait savoir, il y a quelque temps qu’il « faudrait investir 10 milliards de dollars par an dans le secteur énergétique africain pour parvenir à couvrir les besoins du continent en électricité à hauteur de 50%, d’ici 2030 ». La capacité de production globale d’électricité installée en Afrique tournerait autour de 130 000 mégawatts. Mais la répartition est très inégale. En Afrique du Nord et du Sud, les problèmes se posent moins avec des approvisionnements de l’ordre de 80% de moyenne. Mais dans l’Afrique sub-saharienne, on retrouve le plus de personnes sans accès à l’électricité, et pourtant c’est dans cette partie du continent que se retrouvent les deux plus grands potentiels hydroélectriques d’Afrique, au Cameroun et en République démocratique du Congo. Nous voici donc si proche et si loin d’une denrée devenue depuis longtemps un bien économique. Dommage !

 

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