De l’immunité et du linge sale

Notre ministre des Affaires étrangères a été auditionné hier en tant que témoin dans l’affaire Sheraton-Gate. Comme témoin à charge, cela va de soi. Dans la famille on n’est jamais coupable.

Un de plus qui s’ajoute à la liste des immunisés et qui tend à s’allonger. On avait presque découvert que nos ministres jouissaient de ce droit de ne pas être poursuivis pour les faits et gestes relevant de leur activité. Pour les assujettis au lot commun de l’égalité des droits, cela signifie que la loi ne s’applique pas à nos élus comme elle le serait pour tout un chacun. Cette clause a servi à dédouaner le gendre. N’importe comment, dans cette affaire, les juges avaient parti pris et on a tourné la page.

On en était là,  de guerre lasse, lorsque un certain Layouni, avocat de métier, trouble- fête de vocation, s’est mis à demander la tête de ceux qui osent troubler cette immunité et la quiétude de nos illustres ministres surtout lorsqu’ils ont l’ingénieuse idée d’appartenir à Ennahdha. Et puis de quoi ils se mêlent ces journalistes qui veulent étaler le linge sale de notre Rafik qui, après tout, n’a fait que laver son linge à l’hôtel !

C’est qu’il faut savoir qu’il n’y a pas de fumée sans feu et il paraît que le gouvernement avait mis le feu aux poudres en se mêlant,  volontairement ou bien obligé, aux méandres d’un média qui vient de retrouver une liberté qui lui tient à cœur. Il fallait savoir que pour l’heure, et face à un exécutif de plus en plus transitoire, les hommes de nos médias sont quasiment devenus « intenables », comme le dit le premier de nos ministres. Il en est tellement ainsi qu’ils sont désormais  accusés d’être à la solde des «dégagés» de l’ancienne République bananière du genre couple présidentiel déchu ou députés dépités et déconfits qui se croyaient immunisés par les vertus glauques des lois qu’on a fait voter sur mesure. Des précautions qui ne les a pas empêchés de passer à la trappe et de subir les rigueurs prévues pour les criminels « ordinaires ».

Il est d’ailleurs curieux de constater que plus les hommes politiques, et quelques autres, montent en grade, plus ils mettent à leur service les lois. En général, ils se font rattraper par l’histoire, mais on sait que les bonnes leçons sont celles qu’on n’apprend pas vraiment.

L’histoire est supposée instruire les hommes, mais on s’aperçoit que peu de puissants en gardent le souvenir. D’une certaine manière,  l’ancien patron du FMI se croyait immunisé par sa position dominante dans le monde des finances. Des errements extraconjugaux l’ont mené là où l’on sait. Lui il en a subi les conséquences, même s’il paraît aujourd’hui blanc comme neige. D’ailleurs ça doit être lui qui a donné des idées. Comme pour DSK, notre ministre du linge sale dit, lui aussi lors de son passage à Ettounesya, qu’il est victime de sombres complots.

Cela dit, et pour plaider les circonstances atténuantes comme on dit dans les cours de justice, il faut se rendre compte qu’accéder à l’impunité est un rêve aussi vieux que l’humanité. Il suffit de se faire passer pour exceptionnel pour « postuler » à la supériorité inexpugnable. Assad, le Syrien, a bien tué des milliers de personnes, il n’est pas moins considéré par beaucoup comme une sorte de héros.

Le droit à l’impunité immunisée arrange souvent les affaires, et parfois les  consciences. Les monarchies du monde en usent par habitude, mais aussi par lassitude des sujets réduits au rôle de comparses. Cela n’empêche pas de foncer droit sur le mur quand les évidences du passé ne tiennent plus la route. Inutile d’énumérer les cas d’espèce.

Le droit régalien, textuellement celui  du roi qui n’a pas de comptes à rendre, crée nécessairement des frustrations. Dans la fable, le loup dispose du droit de vie, et de mort, sur l’agneau, en vertu de la supériorité de la force sur la vertu. Et quand on pense ne pas être suffisamment fort du côté de la vertu, tout un chacun veut se couvrir du droit à l’impunité. Et à tout prendre, on peut allonger indéfiniment la liste des candidats à l’immunité. A tout hasard, pourquoi ne pas créer une immunité pour les architectes. Après tout, eux aussi devraient avoir le droit de nous faire tomber le toit sur la tête. Et tant qu’à faire, pourquoi pas la même chose pour les journalistes dans l’exercice de leur fonction ?

Le délit, le délire, d’opinion serait banni. Ce programme de réajustement structurel ne déteindrait pas sur le tableau actuel des réjouissances revendicatives.

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