Valorisation des boues résiduaires dans l’agriculture tunisienne

En Tunisie, le secteur agricole occupe une place importante dans l’économie et joue un rôle stratégique dans le développement du pays. La place de choix qu’occupe ce secteur se traduit par sa forte participation dans le PIB (16%) et dans l’emploi (22% de la main d’œuvre nationale).

Cette situation favorise l’utilisation intensive des terres agricoles poussant les conditions d’exploitation des ressources hydrauliques et pédologiques à s’acheminer vers une aridité aggravée par un appauvrissement au niveau des sols, conjuguée d’une mauvaise occupation agricole et amplifiée par des précipitations fortement irrégulières.

Partant de ce constat, le recours aux boues résiduaires dans l’agriculture pourrait alors jouer un rôle significatif dans l’enrichissement organique des sols, tout en réduisant l’accumulation dans les stations d’épuration de cette matière, de plus en plus importante, créant un sérieux problème environnemental.

Aujourd’hui, il existe 105 stations d’épuration (STEP) produisant environ 238.000.000 m3/an d’eaux usées épurées et 242.000 m3/an de boues résiduaires dont la siccité varie de 18 à 70% (53% sont produites par les STEP du Grand Tunis). La Tunisie fait donc face au défi qui consiste à trouver des solutions sécurisées pour la valorisation et ou l’élimination de ces boues issues de l’épuration (24% sont mises à la décharge, 35% stockés dans les sites STEP et 41% stockés aux sites ONAS). Ainsi, seulement 25 à 30% des boues dérivent des STEP rurales non industrielles. Ces boues sont séchées naturellement et peuvent être valorisées en agriculture.

Les bailleurs de fonds bilatéraux, travaillant en partenariat avec la Tunisie, notamment la Coopération allemande (GIZ), sont en train d’appuyer les efforts du gouvernement tunisien dans le cadre du projet de valorisation des boues résiduaires dans l’agriculture (VBRDA), en élargissant sa politique environnementale dans le secteur agricole et en l’orientant vers des critères de durabilité (social, économique et environnemental).

Le projet VBRDA, relevant du Ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, a pour objectif d’appliquer et d’améliorer le système de gestion, le suivi et le contrôle de la valorisation sécurisée des boues résiduaires dans l’agriculture. Notons que ce projet s’intègre dans la stratégie nationale de valorisation des produits de l’Office national de l’assainissement (ONAS) et le plan d’action de l’ONAS 2006 avec l’appui financier de la KFW (Banque allemande de crédit pour la reconstruction), englobant trois filières : verte (agriculture), rouge (incinération) et noire (décharge).

Les axes d’intervention

Il s’agit tout d’abord de la gestion sécurisée, c’est-à-dire de l’appui au développement d’un système de gestion des risques avec les organismes intervenant des autres ministères (santé publique et environnement) liés à l’utilisation des boues résiduaires dans l’agriculture.

Cela concerne ensuite la généralisation/extension de la valorisation des boues dans l’agriculture, c’est-à-dire de l’appui au développement d’un plan directeur concerté et d’un plan d’action pour l’extension, basés sur les résultats des études de l’ONAS (analyse des potentiels, des quantités et qualités des boues pour la filière verte et des surfaces agricoles appropriées).

Les bénéfices du projet

Les bénéfices du projet sont de quatre ordres. En premier lieu, la fertilité des sols par les boues est améliorée sans atteinte à la santé publique et à l’environnement. Deuxièmement, les impacts phytosanitaires dus à l’utilisation des boues sont connus aux niveaux du sol, de l’environnement et de la qualité des produits agricoles. Troisièmement, les revenus des agriculteurs sont améliorés à travers la réduction des coûts de production entraînant par la même l’amélioration des conditions de vie. Enfin, des créations d’emplois sont réalisées, notamment pour les femmes rurales, dans le domaine de la valorisation des produits d’assainissement des stations d’épuration.

Notons par ailleurs, l’implémentation d’activités additionnelles, programmées pour ce type de projet à savoir : le compostage et son intégration dans l’analyse des risques, la recherche appliquée, la formation et la sensibilisation, le transfert de technologies en partenariat avec le secteur privé, l’utilisation des eaux usées traitées, l’assainissement rural et les espaces verts.

Ainsi, le VBRDA aura sans aucun doute des impacts positifs sur la société civile. En effet, les consommateurs auront plus confiance dans la qualité des produits agricoles et voudront vivre dans un environnement dont la protection est assurée et les entreprises garantiront dorénavant la conformité de ces produits qui s’exporteront beaucoup plus facilement.

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