Le monde (arabe) de 2013

Carrefour de trois continents (Europe, Asie et Afrique), le monde arabe n’est pas un univers clos, un espace vivant en autarcie ou replié sur lui-même. Le monde arabe de ce début de XXIe siècle s’inscrit à la fois dans une longue histoire des relations internationales et un nouvel ordre mondial complexe, ni unipolaire ni bipolaire, mais multipolaire, avec un centre de gravité qui penche de plus en plus vers l’Asie et le Sud (Amérique latine et Afrique). Des puissances ont émergé et concurrencent désormais l’ordre établi depuis la fin de la guerre froide autour d’un monde unipolaire structuré par le leadership stratégique américain.

Dans ce monde post-colonial, les pays arabes s’inscrivent dans le processus de « désoccidentalisation » du monde. Si les américains et européens ne sont pas réduits à l’impuissance, ils sont plus que jamais confrontés à des puissances concurrentielles qui participent à définir les nouveaux équilibres mondiaux. L’affirmation de la Chine, de la Corée du Sud, du Brésil ou de l’Inde sur le marché mondial offre une occasion historique pour le monde arabe de rompre avec deux maux : un déficit d’investissements internationaux et une dépendance vis-à-vis de l’occident. D’ores et déjà, le monde arabe tend à développer des partenariats multidirectionnels et diversifier les rapports commerciaux internationaux, en se tournant de plus en plus vers l’Asie en général et la Chine en particulier (dont le PNB devrait rapidement rattraper celui des Etats-Unis). La reconstitution d’une nouvelle « route de la Soie » sino-arabe au XXIe siècle repose sur une dynamique favorable à l’« asiatisation » du monde arabe. Toutefois, il serait paradoxal que l’appel à la dignité et le vent de liberté qui traversent actuellement le monde arabe prennent ici pour modèle la Chine du parti unique…

Ce nouvel ordre mondial est également marqué par une évolution remarquable de rapports de forces mondiaux et des stratégies de puissance. Non seulement on assiste à la fin du monopole de la puissance des occidentaux (qui remonte à la Renaissance, au XVIe siècle), mais le pouvoir d’influence ou soft power s’avère plus efficace que les outils traditionnels du hard power (la coercition, la menace de représailles militaires, ou encore l’incitation économique et financière), dont les limites ont été mis en lumière par les interventions militaires en Irak et en Afghanistan. A la fin du monopole de la puissance par les occidentaux, qui datait de la Renaissance, certains pays arabes ont su s’adapter à la nouvelle donne, tel le Qatar en usant non pas des leviers classiques de la puissance, mais des armes du soft power: investissement dans des secteurs stratégiques dans les multinationales occidentales, mais aussi dans les médias, le sport, le tourisme. Phénomène remarquable de ce début de siècle, le développement des nouvelles technologies de communication et des chaînes satellitaires a permis à la fois de renforcer le lien des Arabes entre eux, mais aussi aux opinions publiques arabes de communiquer avec le reste du monde.

Enfin, le « réveil (des peuples) arabe » n’ébranle pas que leurs régimes: il risque de bouleverser également les relations qu’entretient le monde arabe avec le reste du monde. La géopolitique du monde arabe et les alliances stratégiques avec les acteurs extérieurs sont en phase de reconfiguration. Les mobilisations nationales doivent se penser au cœur de dynamiques régionales, de nouvelles relations économiques Sud-Sud et en tirant profit des nouveaux rapports de force du nouvel ordre international. Alors que l’effondrement du bloc de l’Europe de l’Est est souvent cité comme modèle, on touche ici aux limites d’une comparaison avec le monde arabe: pour les peuples d’Europe de l’Est, la culture américaine représentait un modèle et un nouveau champ des possibles, tandis que pour les sociétés arabes, l’expérience démocratique s’accompagne d’un mouvement identitaire et d’une volonté d’émancipation par rapport au modèle occidental.

 

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