Le dernier discours de Bachar al Assad : « déconnecté de la réalité »

Devant un parterre de partisans réunis à la Maison de la Culture et de Arts, le président syrien Bachar al Assad a proposé dimanche 6 janvier, un plan “politique” impliquant son maintien au pouvoir; une solution aussitôt rejetée par l’opposition, exigeant son départ comme préalable à toute solution au conflit sanglant qui déchire le pays depuis 21 mois.

Dans sa première allocution en sept mois, Bachar al Assad s’est montré inflexible, assurant encore une fois que le conflit qui a fait, selon l’ONU, plus de 60.000 morts, n’opposait pas le pouvoir et l’opposition mais “la patrie et ses ennemis” qui souhaitent sa partition.

Bachar al Assad a appelé à un dialogue pour lequel il a affirmé ne pas avoir trouvé jusqu’à présent de “partenaire”. Depuis qu’a éclaté, en mars 2011, une révolte populaire devenue guerre civile, Damas affirme combattre des “terroristes” armés et financés par l’étranger.

Feuille de route

Refusant de négocier avec “des gangs qui prennent leurs ordres de l’étranger”, Bachar al Assad a proposé un plan en trois étapes qui commencera par un désengagement des pays finançant les “terroristes”. Aussitôt  après, l’armée cessera ses opérations, a-t-il promis, “tout en conservant le droit de répliquer”.

Dans ces conditions seulement s’ouvrira “une conférence de dialogue national”, a-t-il poursuivi. Cette conférence devra rédiger une “Charte nationale” qui sera soumise à référendum, tandis qu’un nouveau Parlement et un nouveau gouvernement émergeront des urnes.

S’accrocher au pouvoir coûte que coûte

Mais l’opposition a aussitôt rejeté ce plan, dont aucune échéance n’est précisée, accusant le chef de l’État de vouloir choisir ses interlocuteurs et de chercher à se maintenir au pouvoir.

Le porte-parole de la coalition de l’opposition, Walid al Bounni, a affirmé pour sa part que l’opposition souhaitait “une solution politique, mais que l’objectif pour les Syriens reste la démission d’Assad. Pour cela plus de 60.000 martyrs n’ont pas été sacrifiés en vain, pour permettre le maintien du régime tyrannique”.

Alors que Bachar al Assad a présenté pour la première fois une feuille de route détaillée pour une sortie de crise, les Frères musulmans syriens, importante force d’opposition, ont estimé dans un communiqué que ce plan ne représentait “rien”, qualifiant le dirigeant de “criminel de guerre devant être jugé”.

Réactions outrées à l’étranger

Le discours du président syrien a provoqué les réactions outrées de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne et des Etats-Unis; Londres dénonçant son “hypocrisie”, Washington estimant qu’il est “déconnecté de la réalité”.

Le président égyptien Mohamed Morsi a déclaré à la chaîne de télévision CNN qu’il soutenait l’appel du peuple syrien pour faire juger le président Assad pour crimes de guerre, tout en prédisant que le régime au pouvoir à Damas allait tomber.

Le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a estimé que les “vaines promesses de réformes” de Bachar al Assad “ne trompent personne”, estimant que le discours du président allait “au-delà de l’hypocrisie”.

De son côté, Berlin a regretté qu’il n’exprime “aucune nouvelle prise de conscience”.

Pour Washington, le discours de Bachar al Assad “est une nouvelle tentative du régime pour s’accrocher au pouvoir. Son initiative est déconnectée de la réalité”, selon la porte-parole de la diplomatie, Victoria Nuland. L’Union européenne l’a exhorté à se retirer pour permettre “une transition politique”.

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