Affaire Nabil Aaraari : le spectre de la torture rode toujours


Le Parti des ouvriers tunisiens a organisé aujourd’hui, 22 décembre, un rassemblement devant le ministère de l’Intérieur, pour soutenir ce qui est devenu aujourd’hui une affaire nationale : la torture du militant du parti Nabil Aaraari.

Pour comprendre les faits, commençons par le début. « On l’a arrêté après les évènements de Makther et les revendications des habitants de la région pour le développement et l’emploi », explique son  avocat  Kais Weslati.

Après une dispute avec des agents de la Garde civile de Siliana et le Parquet de la région, que Nabil Aaraari accuse de négligence dans le traitement de l’affaire du meurtre de son neveu âgé de 10 ans, on l’a arrêté, avant de le torturer dans les locaux de la Brigade nationale de Siliana.

« Une punition et une bavure que  l’administration pénitentiaire veut, aujourd’hui, dissimuler  en lui interdisant toute assistance médicale, surtout après son transfert à Mornaguia. Pire encore, on lui interdit même de prendre les médicaments qu’il a acheté avec son propre argent », révèle son avocat qui, en désespoir de cause, a ameuté hier, 21 décembre, la société civile.

Des traces de torture

La première à réagir était Radhya Nassraoui, fondatrice de l’organisation contre la torture en Tunisie. Elle confirmera plus tard à Nessma TV qu’elle a vu « un homme qui agonise ». « Il avait la cage thoracique défoncée, une oreille percée, des hématomes sur le flanc gauche et se tenait difficilement debout. Ses genoux lui faisaient trop mal », affirme-t-elle. Elle confirme aussi la version des faits de son avocat. « J’ai vu le dossier, c’est une affaire montée de toute pièce. Maintenant, on veut l’accuser du meurtre de son neveu, alors qu’il a prouvé qu’aux moments des faits, à Siliana, il  était à Tunis ».

L’avocate et militante des droits de l’Homme, Leila Ben Debba, confirme elle aussi. « J’ai constaté des saignements de ses oreilles et il urinait du sang. Il était dans un état critique. » Elle dit aussi avoir contacté le Conseiller du ministre de la Justice, M. Salah Essayhi, qui confirme que son état est critique. Et qui lui avait aussi promis qu’il serait hospitalisé.

Une information qui a été confirmée. La mobilisation a donc sauvé la vie de Nabil Aaraari. Il sera peut-être sauvé, mais les interrogations persistent. Si cette affaire de torture se confirme, et tout l’indique, la question de la torture policière revient ainsi au devant de la scène.

Une pratique qui perdure

La question s’impose surtout que tout indique que nous ne sommes pas là devant des cas isolés. Le décès d’Abderraouf  Khmassi sous la torture, une affaire déjà reconnue par la justice, le confirme, tout comme le rapport publié le 10 décembre 2012, par l’organisation contre la torture en Tunisie, en collaboration avec l’Organisation mondiale contre la torture. Selon ce rapport rien n’a vraiment changé depuis l’ère Ben Ali. Ou du moins pas d’une façon significative.

« La torture en Tunisie est acte prémédité et complètement banalisé. Pire encore elle n’est pas punie, ce qui donne une certaine impunité aux tortionnaires», affirme Radhya Nassraoui, fondatrice de l’OTT, qui a cité hier soir un ensemble de cas de tortures à Sidi Bouzid, à Siliana et surtout à Dkhila où, dit-elle, quatre personnes ont été violées par des matraques policières.

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