Le documentaire « Maudit soit le phosphate » : retour sur l’insurrection du bassin minier 2008

L’insurrection du bassin minier de 2008…

Qu’en reste-t-il ? Des blessures indélébiles et des revendications inassouvies qui défilent devant une mémoire collective ingrate. C’est tout ce que nous avons retenu, après avoir regardé le documentaire « Maudit Soit le Phosphate » de Sami Tlili.  Agé de 27 ans, originaire de la ville des Aghlabides, Sami est le réalisateur de trois courts-métrages.  Ayant plusieurs cordes à son arc, il est à la fois enseignant à la Faculté des lettres de Sousse en histoire de l’art et ancien membre actif  à la Fédération tunisienne  des cinéastes amateurs (FTCA). Son premier long-métrage a remporté le prix du meilleur documentaire à Abou Dhabi.

Rappeler est un devoir

Les évènements majeurs ne doivent jamais tomber dans l’oubli, le réalisateur tunisien, fidèle à la mémoire des martyrs de l’insurrection du bassin minier, retrace les péripéties sanguinaires de six mois tragiques. Certes, le choix du thème émane du désir de remonter à la source du mal. Et, à travers des témoignages poignants, émouvants et sans détours, le conte est narré et le spectateur est introduit, voire impliqué, dans un voyage mémorial cauchemardesque où sang, martyr, incursions s’entremêlent pour peindre un tableau tragique d’une révolution avant l’heure. Il n’est pas étonnant que le film ait vu le jour dans un contexte post révolutionnaire où la comparaison de  la situation du bassin minier de l’avant 14 janvier au moment actuel s’impose. A méditer…

Témoignages brûlants

Parmi les procédés qui nous ont interpellés, il y a la manière avec laquelle Sami Tlili a choisi de présenter les interviewés de son documentaire: chaque militant est présenté par le chef d’accusation retenu contre lui. Adnène Hajji, Adel Jayar, Béchir et Moudhafer Laâbidi se mettent à nu pour le spectateur, en racontant leurs souvenirs: nuits passées à la belle étoile dans la montagne, pour fuir la police (30 mille agents de police ont été envoyés à Redeyf, afin de réprimer l’insurrection), arrestations et torture. Une relation complexe s’est tissée entre Béchir et Moudhafer Lâabidi et Adel Jayar: Béchir, l’instituteur, a enseigné à Adel Jayar ; ce dernier, devenu professeur a enseigné au fils de son instituteur Béchir. Trois générations que la torture et la misère n’ont pas épargné. Adel déclare qu’au moment de l’arrestation, le policier  voulait le menotter avec son élève Moudhafer, mais ce dernier a refusé en disant: « pas avec mon professeur », ainsi les trois générations portent ensemble le même calvaire.

De la poésie dans le film

Bien que l’univers du film soit ancré dans le sang et la tourmente, les beaux paysages du sud tunisien sont bel et bien exploités dans le documentaire. La splendeur du désert, les chansons à texte engagées de Badiâa Bouhrizi et Myriam Labidi, traversent le film de bout en bout et accentuent l’émotion du spectateur.

FICHE TECHNIQUE

TITRE ORIGINALE: YALAAN BU EL FOSFATE
TITRE EN ANGLAIS: Cursed be the Phosphate
TITRE EN FRANCAIS : Maudit soit le Phosphate
TYPE : Documentaire
GENRE: Drame, Documentaire créatif
AUTEUR/REALISATEUR: SAMI TLILI
PRODUCTEURS: HABIB ATTIA (CINETELEFILMS, TUNISIA) & DORA BOUCHOUCHA (NOMADIS IMAGES, TUNISIA)
DUREE: 82 minutes
VERSION ORIGINALE: Arabe – dialecte tunisien
SOUS-TITRAGE : Anglais et français
IMAGE: Hatem Nechi, Hazem Berrabah,Adonis Nadhem Romdhane
SON: Houssem Ksouri, Samed Hajji
MONTAGE: Anis Hammami, Achraf Amri
MUSIQUE Badiaa Bouhrizi, Myriam Laabidi

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