Radioscopie de la torture policière en Tunisie

Placée sous le thème  « La torture par la police en Tunisie », l’Association TUNESS (Tunisian Network for a Successful Society www.tuness.org) a organisé, au sein de l’Université de Columbia, NY,  courant décembre 2012, une table ronde pour exposer et décrire des cas de torture et de violations des droits de l’Homme qui sévissent encore en Tunisie  avant de  proposer des solutions concrètes sous forme de recommandations..

Sentiment d’impunité

Prenant la parole, Mme Tamara Alrifai, directrice de la Communication du Moyen-Orient et de L’Afrique du Nord de la Division Human Rights Watch, a indiqué que la violence policière et l’usage excessif de la force en Tunisie sont dus à plusieurs facteurs, notamment la mentalité locale, le sentiment d’impunité et l’acceptation généralisée de la violence.

 » De véritables efforts pour réformer le système policier en Tunisie devraient être mis en œuvre dans le cadre d’une approche holistique qui tiendrait compte de la réforme de l’actuel cadre juridique tunisien, inadéquat pour réglementer les actions de la police dans la société, de la présentation des actes de torture en infraction pénale afin de traduire leurs auteurs, quelle que soit leur position hiérarchique, devant les tribunaux civils « , a-t-elle affirmé.

Problème culturel et générationnel

D’autre part, M. Bassem Bouguerra, militant des droits de l’Homme, a souligné qu’environ 81% des victimes de la police ont avoué qu’ils n’ont pas signalé leur cas, soit par crainte, soit par méfiance à l’égard du système juridique ou tout simplement par ignorance quant a la procédure à suivre. La violence exercée par la police pour intimider ou faire pression afin d’obtenir d’une personne des renseignements ou des aveux, semble être largement acceptée par la société.  » La violence se révèle être un problème culturel et générationnel qui, en plus, est légitimée par le  cadre juridique qui tolère l’utilisation de la brutalité comme l’un des piliers du système de sécurité « , a-t-il ajouté.

Le rôle des ONG

Enfin, M. Sami Ben Gharbiablogueur, écrivain, défenseur de la liberté d’expression et co-fondateur de Nawaat et Tunileaks, a souligné le rôle de sensibilisation sur les actes de violence et de violations des droits de l’Homme qu’ont joué les ONG, sous l’ère Ben Ali mais aussi après la révolution. Le réseau de media-activistes s’est considérablement développé en particulier parmi les jeunes au lendemain de la révolution en Tunisie. Leurs rôles consistent principalement à dénoncer les crimes (par exemple: le meurtre, la corruption, le népotisme, etc.) et les disparitions de documents secrets.

Les ONG  mènent surtout des campagnes d’information dans les médias sociaux, afin de sensibiliser le public et se positionnent souvent en plaidoyer pour aider et accompagner les victimes de ce genre d’abus.

M. Ben Gharbia met en garde contre un certain chevauchement du pouvoir exécutif avec le pouvoir judiciaire  » car cela laisse la porte ouverte aux actes de violence et de torture qui pourraient  se produire sans être repérés ni être convenablement condamnés. De nombreux cas concrets de brutalités policières à travers le pays ont été mis en évidence à la fois sous l’actuel gouvernement ainsi que sous les gouvernements transitoires précédents « , a-t-il affirmé.

Pour plus d’informations, contacter info@tuness.org.

 

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