Deux ans de « Dégage »: chômage, chantage, dérapage…

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, le vendeur ambulant à Sidi Bouzid s’est immolé par le feu. Sa mort, quelques jours après, a déclenché une vague de violence sans précédent. Il n’est pas nécessaire de rappeler le reste des évènements. Bref, c’était le début de ce qu’on appelle aujourd’hui « le Printemps arabe. »

Le 17 décembre 2012, deux ans après, le constat est sombre, la réalité est pire et les promesses de la révolution se sont peut être évanouies. Les différents gouvernements de la transition n’ont pas pu combler le trou et ils ont reconnu la grande difficulté à trouver des solutions efficaces à la situation et à sortir de la spirale de la violence politique.

Le chômage et le taux de pauvreté ont beaucoup grimpé dans les régions intérieures. Les chefs d’entreprises ont subi un chantage salarial énorme. La scène politique et sociale s’est caractérisée par des dérapages dangereux. Le mot dégage? On l’entend encore…

Deux ans de transition difficile ne sont pas passés sans laisser des séquelles directes sur l’économie nationale. En cette fin d’année, la situation économique et sociale s’aggrave encore: creusement du déficit commercial pour atteindre 9.890 MDT, aggravation du déficit courant à 6,9% du PIB, contre 5,8% durant la même période de l’an passé. Les réserves en devises ont baissé à un niveau historique. La contraction du niveau des avoirs nets en devises au niveau de  9.773 MDT ou l’équivalent de 94 jours d’importation à la date du 26 novembre 2012. La flambée des prix des matières de première nécessité a abouti a alourdir les dépenses des ménages. Le nombre de ceux qui cherchent des emplois a beaucoup grossi.

La liberté dans toutes ses formes a, peut être, été pour plusieurs le seul acquis de révolution. Chacun peut faire ce qu’il veut: fermer une usine ou une école, descendre dans la rue, attaquer un syndicat, un siège d’un parti politique, brûler un poste de police, fermer une autoroute, violer une femme, bâtir sans permis, pénurie du lait, menace terroriste sur nos frontières…Voilà malheureusement ce que liberté veut aujourd’hui dire pour certains.

Le 17 décembre 2012, les deux présidents de la Troïka ont payé cher cette large marge de liberté. Cette date n’était pas seulement celle de la célébration du déclenchement de la révolution, mais peut être aussi la chute de l’Etat. Le bilan de deux ans de révolution a hérissé les habitants de Sidi Bouzid. «  Nous n’avons encore rien vu. Vive Ben Ali !», criait une femme dans la foule.

L’agression, même verbale, du Président de la République et du Président de l’ANC à Sidi Bouzid était un tournant dangereux. Marzouki et Ben Jaafar ont été chahutés à Sidi Bouzid. Heureusement pour l’autre Président que la grippe d’hiver aura épargné du jet des pierres du « Printemps arabe ».

Les deux responsables ont peut être oublié leurs déclarations et promesses de l’an dernier. Au lieu de présenter ce qui devrait être réalisé dans les régions défavorisées et ce qu’ils doivent maintenant faire, voilà que deux présidents de la Troïka essayent encore de laisser de nouvelles promesses.

Ce qui s’est passé le 17 décembre à Sidi Bouzid requiert vraiment la plus grande attention. C’est une sanction de l’incompétence de la Troïka dans le traitement des dossiers urgents comme le dossier des blessés de la révolution, le rapatriement des membres de l’ancien régime et la récupération de leurs avoirs à l’étranger… La plus grande erreur de la Troïka est qu’elle a laissé s’accumuler des dossiers urgents.

A Sidi Bouzid, les deux Présidents n’ont  pu ni défendre leur triste bilan, ni convaincre les milliers de personnes qui sont venus pour manifester leur colère et leur déception. «  Ils auraient mieux fait de se taire ! », criait un jeune chômeur. La visite de deux Présidents de la Troïka à Sidi Bouzid n’a fait que mettre en lumière l’ampleur du malaise de la population qui souffre  déjà de l’injustice sociale. Une question s’impose : où va la Tunisie? 

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