L’Union européenne et les colonies israéliennes

L’Union européenne (UE) a reçu le prix Nobel de la paix 2012. Cette distinction récompense officiellement l’action menée par cette organisation politique pour faire avancer la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’Homme. Pourtant, cette attribution est discutable au regard de son impuissance internationale et des contradictions de sa politique extérieure. En atteste sa position – si tant est qu’elle existe – dans le conflit israélo-palestinien.

Il est loin le temps où les Européens savaient faire montre d’une audace remarquable, comme à l’occasion de la déclaration de Venise de 1980. Une « déclaration d’adhésion » à la solution de deux Etats coexistant dans la paix et la sécurité. Au-delà de cet acte politique et symbolique, l’UE s’est engagée dans un effort financier conséquent et continu. L’aide financière aux Palestiniens remonte à 1971, date à laquelle la Communauté économique européenne a versé sa première contribution au budget de l’Office de secours et des travaux des Nations Unies (UNRWA) pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient. Depuis, l’Union européenne est devenue le plus grand donateur d’aide au développement dans les Territoires palestiniens occupés. De 1994 à 2012, l’UE a attribué plus de 5 milliards d’euros d’aide aux Palestiniens. Membre du Quartet, elle défend le processus de paix sur la base des Accords d’Oslo et condamne régulièrement la politique de colonisation suivie par l’Etat israélien.

L’accord UE – Israël est fondé sur «  le respect partagé des valeurs démocratiques et des droits de l’Homme. » Une clause qui pose problème au regard de la violation du droit international qui caractérise la politique d’occupation et de colonisation des gouvernements israéliens successifs.

Or ces déclarations de principes se révèlent inconséquentes. Liés par un accord d’association, l’UE et Israël se sont engagés dans un partenariat visant à instaurer des relations politiques étroites et des relations de commerce et d’investissement, ainsi qu’une coopération dans les domaines économique, social, financier, civil, scientifique, technologique et culturel. L’accord est fondé, selon ses propres termes, sur «  le respect partagé des valeurs démocratiques et des droits de l’Homme. » Une clause qui pose problème au regard de la violation du droit international qui caractérise la politique d’occupation et de colonisation des gouvernements israéliens successifs. Du reste, la remise du Prix Nobel à l’UE a coïncidé avec les mesures de rétorsions israéliennes à l’encontre des Palestiniens, suite à l’obtention d’un nouveau statut à l’ONU. Benjamin Netanyahou a décidé de confisquer le produit des taxes des importations palestiniennes qu’il perçoit et transfère en principe à l’Autorité palestinienne. Pis, le Premier ministre israélien invoque les « intérêts stratégiques » du pays pour (re)lancer un projet de construction de 3 000 nouveaux logements dans des colonies à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, des territoires occupés palestiniens. Si cette sur-réaction israélienne n’est pas la première du genre, elle ne saurait pour autant banaliser la violation intempestive du droit international de la part d’un État qui se targue rituellement d’être « la seule démocratie de la région »…

Non seulement Israël bénéficie d’un statut privilégié dans ses relations avec l’UE, mais cette dernière importe quinze fois plus de marchandises issues des colonies illégales israéliennes que des territoires Palestiniens, souligne un récent rapport intitulé « La paix au rabais: comment l’Union européenne renforce les colonies israéliennes illégales  », publié par 22 organisations non-gouvernementales, dont le CCFD-Terre Solidaire etla Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH). D’un côté, l’Union européenne considère que les colonies sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à l’instauration de la paix; de l’autre, cette ligne officielle est contredite par une réalité commerciale: l’UE fournit le marché d’exportation principal pour les produits – agricoles et industriels – issus des colonies.

En tant que principal partenaire commercial d’Israël, l’UE devrait établir une différenciation entre les produits israéliens des produits issus des colonies

Actuellement, la plupart des Etats membres de l’UE, dont la France, n’assurent pas d’étiquetage sur l’origine réelle de ces produits estampillés par un simple « Made in Israël ». Dès lors, l’Europe a une part de responsabilité dans le développement des colonies israéliennes en Cisjordanie et facilite le contrôle par Israël de quelque 40 % de ce territoire. Par conséquent, en tant que principal partenaire commercial d’Israël, l’UE devrait établir une différenciation entre les produits israéliens des produits issus des colonies.  Dans la plupart des supermarchés européens, il est impossible pour le consommateur d’être correctement informé à ce sujet.

En établissant une différenciation claire entre les produits importés des colonies et les produits israéliens, l’UE gagnerait en cohérence au regard de ses principes et valeurs. Il s’agirait là d’un acte symbolique, certes, mais digne d’un véritable Prix Nobel de la paix…

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