Les germes de la division

Depuis le 4 décembre, le pays ne fait que vibrer au rythme du face à face qui a opposé la Centrale syndicale et le parti Ennahdha suite aux agressions qu’ont subies les locaux de la Centrale et un bon nombre de syndicalistes qui s’apprêtaient à commémorer le 60e anniversaire de l’assassinat du leader Farhat Hached.

On dit souvent que c’est le destin des grands hommes de pouvoir aller au-delà même de leur existence physique et de continuer à influencer le cours de l’Histoire. Il y a 60 ans déjà  que Farhat Hached était assassiné par les forces coloniales. Mais  son nom est resté synonyme d’unité et son souvenir rassemblait jusqu’au jour où certains ont décidé de s’attaquer  à l’organisation pour laquelle il avait tant milité. Jusqu’au jour où il a été « assassiné  une deuxième fois par ceux pour qui il a sacrifié sa vie », selon l’expression de Houssine Abassi, secrétaire général de la Centrale syndicale.

Ce jour -là le peuple tunisien s’est rendu compte de l’ampleur de la division qui l’ébranle. Ce jour -là, sont revenues à  l’esprit les images du 25 février 2012  des  déversements d’ordures perpétrés par des militants d’Ennahda devant les  locaux syndicaux, suite  à la grève par les employés municipaux, mais aussi celles des affrontements du 1er mai ou encore ceux qui ont eu lieu lors de la grève du transport… Celles aussi des locaux brûlés des représentations régionales et locales de l’Ugtt dans plus d’une région…

La grève est décidée

Ce jour- là,  le face à face Ennahdha-Ugtt ne pouvait être plus clair.  L’organisation de Farhat Hached  a été touchée dans son honneur, le jour où elle commémorait son fondateur,  et elle a réagi. La grève générale était décidée et encore une fois le peuple était divisé entre ceux qui la soutenaient et ceux qui accusaient l’organisation syndicale de vouloir mener le pays vers le chaos.

Au sommet de l’Etat, le bras de fer était à son paroxysme entre l’Ugtt qui demandait des excuses officielles et un gouvernement dont les ministres soutenaient ouvertement les ligues de protections de la révolution  accusées d’avoir été l’auteur des dernières agressions.

La grève est annulée…

Le suspense a été maintenu jusqu’au 12.12.12, quand, après des négociations marathoniennes, on a annoncé que la grève est annulée.

Une annulation assortie d’un ensemble de garanties qui devraient conforter l’accord conclu : Premièrement le  gouvernement réaffirme le droit à l’activité politique, civile et syndicale et confirme son entière responsabilité à protéger ces activités et à condamner toutes les formes de violence. Deuxièmement, aussi bien le gouvernement que l’Ugtt appellent à l’apaisement et à aborder tous les problèmes à travers le dialogue. Troisièmement,  le gouvernement condamne les agressions dont ont été victimes  les membres, fonctionnaires et sympathisants de l’Ugtt le 4 décembre dernier.

Quatrièmement,  les deux parties conviennent de mettre en place une commission composée par des membres du gouvernement et de l’Ugtt aux fins de faire la lumière sur les violences survenues le 4 décembre Place Mohamed -Ali et, plus particulièrement, sur l’implication présumée des ligues de sauvegarde de la révolution. Cette commission sera mise en place dans un délai de 10 jours et devra remettre ses conclusions, dans un délai d’un mois, au chef du gouvernement afin qu’il puisse prendre les mesures nécessaires tel que stipulé par la loi. Et enfin, cinquièmement, les parties conviennent de diligenter les poursuites  judiciaires à l’encontre de tout un chacun qui porterait la responsabilité d’avoir contribué aux agressions du 4 décembre, poursuites déjà entamées par le parquet cette semaine.

Et le peuple est encore une fois divisé…

Et encore une fois le peuple est divisé entre ceux qui voient dans l’annulation de la grève un acte noble de la Centrale syndicale dans ses efforts d’apaisement des tensions et ceux qui y voient une trahison de la lutte syndicale.

En tout cas, explique M. Abassi, qui s’est prononcé aujourd’hui, lors d’une conférence de presse, sur les aspects de l’accord conclu avec le gouvernement : « Personne ne s’aviserait  aujourd’hui  de mettre sous tutelle l’Ugtt.    L’Histoire a été sévère avec ceux qui ont tenté de le faire par  le passé.  Et  à ceux qui le tentent aujourd’hui, qu’ils en tirent les leçons. Nous avons annulé la grève générale dans l’intérêt du pays.  Un ultimatum d’un mois est donné à la commission d’investigation pour faire toute la lumière sur les derniers événements. Si la justice n’est pas rendue sur ces affaires, nous prendrons les mesures nécessaires à temps », a-t-il conclu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here